Portraits Mouv’outremer – La Réunion : Jules et Siva, quand la communauté est une force

Echanges croisés avec Jules Dieudonne, REZOLA, service d’électromobilité en autopartage et Siva Grondein, SIVA INDUSTRIE, traitement à la vapeur pour éliminer la mouche des fruits

Qui êtes-vous ?
Jules
Ma mère m’a dit un jour : sois malin, si tu n’es pas malin, sois curieux et si tu n’es pas curieux, sois paresseux ! J’ai appliqué à la lettre ce que disait ma mère et je suis donc un curieux de nature. Ce qui me motive, c’est comment on peut faire bouger les lignes. J’ai une formation d’ingénieur chimiste, j’ai beaucoup travaillé dans la canne à sucre, ce qui m’a amené assez naturellement à m’intéresser à la diversification agricole et à inventer ce qu’on appelle la quatrième gamme, c’est-à-dire les fruits et légumes prêts à l’emploi en sachets plastiques. Malheureusement, à l’époque, on ne se posait pas la question du plastique. Et ce conditionnement permettait aux jeunes ménages réunionnais de s’abstenir de laver les légumes et de les préparer tous les jours. Ce projet démontrait aussi qu‘on était capable de diversifier la production agricole par rapport à une monoculture canne qui était prédominante à La Réunion dans les années 1990.
Siva Je suis ingénieur en certification et j’ai travaillé au sein de plusieurs structures, y compris en tant que consultant, pour l’accompagnement et la mise en place des normes QHSE (qualité, hygiène, sécurité, environnement) à La Réunion, à Mayotte, aux Caraïbes et en Métropole. Un jour je suis allé voir un importateur pour acheter un fruit que j’adore : le mangoustan. Il m’a expliqué que ce fruit mythique ne pouvait pas être importé à La Réunion. Je lui ai dit en blaguant que si lui n’essayait pas d’importer ce fruit magique, j’allais m’y coller. Il m’a répondu assez sèchement que si quelqu’un comme lui, avec 30 ans d’expérience, n’avait pas réussi, pourquoi un petit jeune sorti de nulle part y arriverait ! Ça a déclenché un défi en moi, et six mois plus tard je me suis retrouvé à commercialiser ici à La Réunion ces fruits qui étaient jusque-là interdits. Aujourd’hui, je suis engagé à cent pour cent dans ma jeune entreprise, SIVA : Solutions Innovantes de Valorisation Agricole.

Siva, pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?
Siva En 2019, à cause de la mouche des fruits, plusieurs fruits tropicaux ont été interdits d’importation en Europe. Il fallait trouver une solution innovante pour pouvoir relancerl’exportation de nos fruits. C’est ce projet que j’ai présenté dans le cadre de Mouv’outremer : un traitement par vapeur d’eau qui élimine la mouche sans abimer les fruits. Ce qui est intéressant, c’est que cette solution est mise en place dans un cadre collectif et sera ouverte à tout acteur : les producteurs, les exportateurs, les filières agricoles… C’est un modèle déconcentré. On ne sera pas l’opérateur par excellence, on sera un intermédiaire qui apporte une solution. Le conditionnement des fruits se fera, comme auparavant, chez les exportateurs ou les coopératives qui le peuvent. Mais les petits producteurs qui n’ont pas les moyens de conditionner leurs fruits pour les exporter vers des clients potentiels en Europe auront la possibilité de le faire dans notre lieu de conditionnement. L’objectif, c’est vraiment de rendre cette solution accessible à l’ensemble des acteurs aussi bien professionnels que particuliers. L’enjeu de notre démarche est aussi la diversification des cultures.

Jules, quel projet avez-vous présenté dans le cadre de MO ?
Jules
Après la création de la quatrième gamme, j’ai été fonctionnaire territorial et je me suis occupé du projet de tram train de la Réunion pendant 7 ans puis du projet d’autonomie énergétique de la région Réunion. Ces deux expériences-là m’ont amené à un constat amer, c’est qu’il n’y aurait pas de solution performante en termes de mobilité durable à la Réunion par vote d’accord ou de vision partagée par les élus locaux. Près de 400 000 véhicules sont en circulation dans l’île et tous les ans cela augmente de 29 000 à 35 000 véhicules immatriculés ! Et malheureusement, les transports collectifs ne sont pas satisfaisants, puisqu’aujourd’hui encore la voiture est deux fois plus rapide que le bus ! Les Réunionnais sont condamnés à utiliser un moyen de transport individuel et à s’endetter pour acquérir un véhicule avec lequel ils font en moyenne entre 20 et 70 km par jour, c’est aberrant. Mon projet, Rezola, c’est de mettre à disposition du public une flotte de véhicules électriques en auto-partage. Ces véhicules seront alimentés par des producteurs locaux d’énergie solaire et gérés depuis un smartphone. Il suffit de s’abonner, de télécharger l’application et le téléphone devient la clé pour ouvrir et démarrer le véhicule.

Les difficultés qu’il rencontrait, c’était exactement ce que j’avais vécu quand j’avais lancé la quatrième gamme. Je me suis dit que si on échangeait et que je lui transmettais mon expérience, en toute humilité, ça pourrait l’aider à mener son projet et lui éviter quelques erreurs que j’avais commises à l’époque.

Jules Dieudonné

C’est assez éloigné du projet de Siva. Comment avez-vous été amenés à travailler ensemble ?
Jules
Quand Siva a présenté son projet à Mouv’outremer, je suis revenu 30 ans en arrière ! Les difficultés qu’il rencontrait, c’était exactement ce que j’avais vécu quand j’avais lancé la quatrième gamme. Je me suis dit que si on échangeait et que je lui transmettais mon expérience, en toute humilité, ça pourrait l’aider à mener son projet et lui éviter quelques erreurs que j’avais commises à l’époque.
Siva Ce que Jules évoque, ce n’est ni plus ni moins que la vérité de l’héritage néocolonial. Quand on essaye de mettre en place un projet, ici à La Réunion, on est toujours confronté aux problématiques de cette économie d’importation-substitution qui nous asphyxie. Même si les choses évoluent et que la société se modernise, certaines difficultés perdurent. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai candidaté à Mouv’outremer. Je voulais rencontrer d’autres acteurs et constituer un réseau d’échange qui nous apporterait de l’énergie. L’Énergie c’est vital pour faire face à une situation complexe. Le réseau d’échange qu’on a construit à travers Mouv’outremer, y compris avec des gens de Mayotte, doit nous permettre de nous émanciper de ce système néocolonial.

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai candidaté à Mouv’outremer. Je voulais rencontrer d’autres acteurs et constituer un réseau d’échange qui nous apporterait de l’énergie. L’Énergie c’est vital pour faire face à une situation complexe

Siva Grondein
Les Mouvers Réunionnais réunis lors de la remise de certificats – Juin 2022

Qu’est-ce que Mouv’outremer vous a apporté ?
Jules
Notre situation, si on n’avait pas eu Mouv’outremer, serait comparable à la solitude du coureur de fond ! Tu fais une course, tu es tout seul et tu ne peux compter sur personne. Avec Mouv’outremer, tu te dis : « en fait, on est tous des coureurs de fond, on est tous à penser qu’on peut courir seul, mais si on court ensemble on pourra aller bien plus loin. On court tous dans la même direction, autant mettre nos solitudes en commun. » Mouv’outremer nous a fait prendre conscience qu’ensemble on est plus forts. Ça encourage le partage, l’entraide et la transmission. Quand on court seul, on dépense beaucoup d’énergie et on en perd les deux tiers. Quand on court ensemble, l’énergie qu’on a perdue par combustion, on peut la récupérer par conviction. C’est beau ce que je dis, non ? (rires) Au cours de la form’action, j’ai aussi découvert des outils et des façons de faire qui était loin de ma culture personnelle de créateur d’entreprise. Nos formateurs nous ont initiés à des façons de voir et d’éclairer nos projets qui n’étaient pas forcément les nôtres initialement.
Siva C’est un privilège d’avoir des cours dispensés par une école internationale reconnue. Les cessions et les groupes de travail étaient très enrichissants, notamment les échanges concernant les outils de management. Cette form’action nous a donné des compétences qui sommeillaient peut-être en nous mais n’étaient pas assez développées. Ça nous a permis de nous poser les bonnes questions, de structurer un peu mieux nos projets et de les pitcher différemment, avec plus d’assurance. Et aussi de se remettre en cause quand il le faut. Avec les Mouvers, nous avons parcouru un chemin commun, chacun avec nos différences, nous avons créé des liens, parfois même des liens d’amitié, et ça, ça n’a pas de prix.

Qu‘est-ce que vous attendez de la communauté ?

Jules Avec Martine Nourry et Patrick Ouriaghli, et tous les autres participants de Mouv’outremer, nous sommes des « conspirateurs du futur » ! On se demande comment on peut améliorer le futur et faire en sorte que les expériences des uns servent aux autres. À La Réunion, nous avons une devise : in min i lave lot, tu as besoin d’une main pour laver l’autre. C’est notre façon de dire qu’on est solidaire. Mouv’outremer, c’est l’occasion de la mettre en application. Ce que j’attends de la communauté, c’est donc une entraide un peu personnalisée et une culture de groupe. Au lieu d’être des coureurs de fond, faisons une course relais. Quand tu n’as plus de souffle, un petit coup de fil et ça repart ! C’est ça dont on a besoin.
Siva C’est réconfortant de faire partie d’une communauté d’acteurs. Quand j’ai appris que Jules et moi on n’habitait pas loin, ça avait un côté encore plus rassurant. La cohésion qui a été créée doit être entretenue. Il y a eu une étincelle grâce à Mouv’outremer. Maintenant il faut continuer à l’alimenter pour en faire un véritable feu de camp afin de nous réunir tous autour de ce feu et qu’on puisse réfléchir ensemble et partager nos expériences. C’est grâce à ça qu’on peut sortir la tête de l’eau pour se développer. Ce qui a été construit, il ne faut pas que ça s’essouffle. Il faut multiplier les échanges et les prises de contact pour animer le réseau. Les référents comme Martine animent des discussions et partagent des informations sur WhatsApp, on suit ce que font les autres, on peut interagir. Demain, ce qui serait intéressant, c’est de se voir périodiquement pour échanger.

Un mot pour définir votre expérience Mouv’outremer ?
Jules
Présence. À cause de la crise sanitaire, la form’action a eu lieu en distanciel. C’est dommage, mais malgré tout, c’est le mot « présence » que je retiens.
Siva Cohésion. La cohésion, c’est ce qui a créé une émulation entre nous.

Session en ligne entre Mouvers Océan Indien – Novembre 2021

Un souhait ?
Jules
J’ai eu la chance de passer à Paris au mois de mars et de rencontrer une partie de l’équipe Mouv’outremer. Ce serait bien de créer un hub des outre-mer en présentiel. On saurait que si on y va, on aura peut-être l’opportunité de rencontrer quelqu’un qui a fait Mouv’outremer Antilles, Guyane, Guadeloupe ou qui vient de Mayotte ou de Nouvelle Calédonie… On pourrait se retrouver là, échanger et se donner quelques nouvelles en chair et en os !

REZOLA :

SIVA INDUSTRIE : page web // vidéo explicative

Contacter Siva : profil Linked-in

Contacter Jules : profil Linked-in

Nos Mouvers ont du talent : 3 questions à Stéphanie Rivière de l’association LEAR

Découvrez le projet de Stéphanie RIVIERE, Mouveuse de la Réunion, dont le projet LEAR (Lire Ecrire Agir à la Réunion) consiste à sensibiliser les enfants aux ODD par le biais d’une cabane à livres itinérante allant à la rencontre des enfants de quartiers enclavés.

Stéphanie a été interviewée par Yann Gourvennec pour Libre comme Lire.

Portrait Mouv’Outremer – Océan Indien : Martine Nourry, citoyenne engagée pour co-construire des chemins de résilience et de transition(s)

40 porteurs de projets très prometteurs et à impacts visant à accélérer les transitions vers des territoires durables, sur des thématiques très variées répondant aux besoins des territoires, ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à candidatures lancé par l’AFD et le Ministère des Outre-mer en zoneOcéan Indien. Nous vous présentons l’un de ces porteurs de projets: Martine Nourry, citoyenne engagée pour co-construire des chemins de résilience et de transition(s)

Qui êtes-vous ?
Je suis une équilibriste ! Dans tout ce que je fais, j’essaye de contribuer à une société un peu plus juste et équitable. Fille d’agriculteur, j’ai fait des études à Sciences-Po Paris puis j’ai travaillé au Tchad et au Burkina Faso puis à La Réunion en collectivités territoriales, et ensuite dans la fonction publique à l’Éducation nationale. Depuis 2018 et le mouvement des Gilets Jaunes, je suis très impliquée dans la dynamique citoyenne à La Réunion. Mon moteur, c’est de chercher des outils et des espaces où l’on peut faire bouger la société pour que chacun puisse y trouver sa part et sa place. Tout ça bien sûr en lien avec l’écologie, parce que j’ai la conviction que c’est ancré sur nos territoires et dans ce qu’on est. Il est important que l’on aille se connecter à ce qu’on appelle ici notre gayar, notre potentiel, notre talent unique.

Quel projet portez-vous dans le cadre de Mouv’outremer ?
C’est justement le projet Nout Gayar ! Avec l’association Kpab6T on intervient dans l’Est de l’île auprès des personnes qui vivent dans des quartiers prioritaires de la ville de Saint Benoit et en zone rurale pour les aider à se connecter à leur potentiel. On a créé des programmes femmes, jeunes et enfants qui ont tous une base commune de coaching : comment je me connecte à qui je suis, comment je prends conscience de l’écosystème dans lequel j’évolue, et comment je me donne des outils pour y évoluer de manière plus optimale.

Exemples d’activités proposées par « Nout Gayar »

Qu’est-ce que Mouv’outremer vous a apporté ?
Le plus intéressant, c’était la rencontre avec les coapprenants. C’est toujours réjouissant de constater qu’il y a de la dynamique et de l’énergie sur l’île, qu’on peut créer des synergies et s’inscrire dans un réseau d’acteurs. Ce qui était vraiment chouette aussi, c’est qu’on soit avec Mayotte. Il y a quelque chose de super intéressant qui a émergé : de belles rencontres et de belles coopérations. Et encore plus parce que les outils qui nous ont été transmis lors de la form’action sont efficaces et impactants.
À titre individuel, comme je fais les choses de manière assez instinctive et intuitive, c’était important d’avoir cette opportunité de partager. Ça permet de poser ce qu’on a dans la tête, ce qu’on sait faire et qui est évident pour nous. L’obligation de l’expliciter et de le partager, ça donne plus d’ampleur au projet.

Un mot pour qualifier la form’action Mouv’outremer ?
Inspirant.

Quel est votre rôle au sein de la communauté ?
Je suis référente communauté et référente événement. Avec Patrick Ouriaghli et Ashvine Severin, qui sont également référents communauté, on se questionne sur comment on peut faire de cette communauté virtuelle une vraie plus-value au quotidien.
Malheureusement, avec la crise sanitaire, on n’a pas eu de possibilité de se réunir. On a un groupe WhatsApp. Il y a des échanges, il y a des mises en relation, il y a des partages d’informations. Et au niveau des microrégions de l’île, plusieurs Mouvers se rencontrent régulièrement parce qu’ils sont dans les mêmes zones géographiques. Mais on ressent vraiment le besoin de se voir, de passer du temps tous ensemble. Avec l’AFD nous préparons la remise de diplômes officielle et la présentation de Mouv’outremer aux institutions et collectivités de La Réunion. Ça va être un moment important, très attendu par la communauté. Ensuite, on aimerait organiser un forum qui réunirait tous les Mouvers et serait ouvert à d’autres acteurs.

Quelle place pour la communauté Mouv’outremer dans le réseau d’acteurs de l’île ?
La communauté a vraiment sa place dans l’écosystème réunionnais. L’approche Mouv’outremer est intéressante parce qu’elle n’est pas clivante. C’est une vision systémique de ce qu’on peut faire pour relever les cinq défis : zéro carbone, zéro déchet, zéro polluant, zéro exclusion, zéro vulnérabilité. Être accompagné par l’AFD est un atout pour faire bouger les choses, et les outils peuvent être partagés avec d’autres communautés qui font déjà beaucoup pour la transition de notre territoire.

Rencontrez-vous des difficultés ?
Nous sommes très attentifs à la question de la légitimité : quelle légitimité, nous, les Mouvers, avons-nous par rapport aux autres acteurs qui sont porteurs de cette dynamique et de ces enjeux ? Comment s’inscrire dans le paysage sans créer de conflit ? Nous sommes conscients que pour tou-te-s celles et ceux qui sont investi-es dans le champ des transitions, c’est un vrai sacerdoce, à la force du poignet. Voir débarquer une communauté d’acteurs soutenus par l’AFD et le ministère des Outre-mer, ça peut créer des frustrations. Il faut vraiment qu’on réussisse à rassurer l’ensemble des acteurs en expliquant qu’on ne va pas prendre la place, et que les portes qu’on va pouvoir ouvrir, on va le faire avec les autres et pour les autres. Créer des synergies, partager, faire passer les messages dans les réunions officielles pour que ça profite à tout le monde. Nous travaillons tous avec le même objectif : la transition et la durabilité de nos espaces insulaires.

Terre de talents : Rejoins le Mouv’

Temple du hip-hop et maison de la jeunesse, le Rex-Nouméa a vibré, le 11 mars dernier, au rythme des artistes calédoniens et des porteurs de projets de la form’action Mouv’outremer-Pacifique. Organisé par l’AFD, en partenariat avec la ville de Nouméa et le Rex-Nouméa, l’événement « Terre de talents : Rejoins le Mouv’ » a mis à l’honneur la jeunesse et la culture urbaine. Animée par Pablo Barri, l’événement a rassemblé un public varié composé d’acteurs engagés, de jeunes calédoniens, d’institutionnels et de responsables associatifs. 

Dernière étape du voyage de Rémy Rioux en Nouvelle-Calédonie, cette soirée a été l’occasion pour le directeur général de l’AFD de lancer la phase finale du cycle de formation Mouv’outremer-Pacifique, et de féliciter les lauréats de ce programme pour « les projets à impact social et environnemental qu’ils portent ; ce sont des histoires inspirantes que l’AFD veut accompagner ». À l’issue d’une semaine « riche en rencontres et en surprises », Mr Rioux a rappelé combien il est important que la jeunesse participe au débat public. « Avec l’Adamic (association culturelle), a-t-il annoncé, nous voulons encourager la formation à l’éloquence pour que les jeunes proposent des choses et pèsent sur les discussions et les projets politiques de ce pays. » Il a également tenu à souligner que la culture, qui inclut le sport, est « un accélérateur d’impact » pour les projets de développement. « Bien avant les agences de développement, et même bien avant les politiques, ce sont les artistes qui donnent la forme des nouveaux projets, a-t-il affirmé. Nous travaillons dans 115 pays et partout nous cherchons ce renfort, ce supplément d’âme qu’apportent les artistes. Je remercie tous les acteurs présents de nous offrir la possibilité de commencer à le faire ici, en Nouvelle-Calédonie, avec vous, dans ce lieu unique. »

Auparavant, Warren Naxue, adjoint à la maire de Nouméa en charge de la jeunesse et de l’animation des quartiers, avait ouvert la soirée en assurant que Terre de talents : Rejoins le Mouv’ est « une vitrine qui promeut l’esprit de partage, de rencontre et d’engagement. » Jules Hmalocko, secrétaire général adjoint en charge des politiques sociales, éducatives et culturelles au Haut-Commissariat de la République, avait quant à lui salué la formation Mouv’outremer, qui « repose sur une communauté d’acteurs engagés en faveur de l’accélération des transitions durables ». « Le réchauffement climatique est là et nous en voyons les conséquences tous les jours, a-t-il déclaré. Notre insularité, notre isolement, la taille réduite de nos îles nous exposent plus que jamais et donc nous engage. Parce que les Outremers, et la Nouvelle-Calédonie en particulier, disposent d’atouts exceptionnels pour relever les défis du XXIe siècle, nous pouvons être des pionniers dans l’accomplissement des objectifs de développement durable de 2030. Des pionniers à condition de faire ensemble et dès maintenant les bons choix. Parce qu’ensemble nous pouvons construire les voies de demain pour un futur souhaitable et meilleur » a-t-il conclu.

La soirée s’est ensuite déroulée dans une ambiance à la fois festive et militante, avec en alternance des performances artistiques (hip-hop avec les groupes SBC et Wolf Family, slam avec Wakfu et Simane, beat-box avec Sacha) et la présentation de projets Mouv’outremer, centrés sur le vivre ensemble et l’inclusion.

À l’issue de sa prestation, chaque artiste a pris la parole pour expliquer son engagement et sa confiance en la jeunesse calédonienne « dynamique et riche de sa diversité ». Trois des lauréats du programme Mouv’outremer, Sophie Petit-Jouvet (Lien solidaire), Cécile Pérennes (Parc Agro Urbain de la Briqueterie) et Cécilia Bouvier (Fablab de l’UNC) ont également partagé avec le public leur engagement pour l’avenir durable de leur pays. 

« C’est avec des idées simples qu’on peut faire des choses qui vont dans le sens du vivre ensemble, de l’inclusion et du développement durable » a déclaré Sophie Petit-Jouvet, porteuse d’un projet d’Entreprise Adaptée calédonienne. « Lien solidaire » emploiera 70 à 80 % de personnes en situation de handicap. Ce projet inclusif a également pour objet de « lutter contre le gaspillage alimentaire en utilisant les 10 000 tonnes de fruits et légumes jetés chaque année en province sud pour les transformer en fruits séchés ou en confitures ». 

Cécile Pérennes, qui œuvre à la création d’un parc agro urbain dans le quartier défavorisé de la Briqueterie (Mont Dore), veut « faire un projet pour les habitants et par les habitants, en adéquation avec leurs besoins ». Cet agro parc proposera une activité agricole, des espaces de convivialité et de délassement, une scène ouverte… afin de « donner aux jeunes de nos quartiers le pouvoir d’agir, de développer des choses, de s’emparer de leur environnement pour se réaliser au quotidien ». « Mouv’outremer c’est une vraie bouffée d’air, une formidable expérience de pouvoir travailler de cette manière, en synergie avec des acteurs qui ont les mêmes valeurs » a-t-elle déclaré.

C’est ensuite Cécilia Bouvier, qui travaille à l’intégration du développement durable dans les actions du Fablab de l’Université de Nouvelle Calédonie, qui a souligné l’opportunité que représente la form’action : « Avec Mouv’outremer, j’acquière des compétences et des outils pour accompagner au mieux les usagers du Fablab. Je souhaite qu’il devienne un outil déclencheur d’innovation et d’entrepreneurs qui s’appuient sur les richesses calédoniennes. Mon objectif est d’amener les utilisateurs à se poser les bonnes questions sur les enjeux du développement durable : qu’est-ce qu’ils font, avec quelles matières, et quels impacts ça peut avoir, pour quelle utilité, quelle durée de vie et quelle réparabilité ? » Ce « LABoratoire de FABrication » propose aux usagers de se former à des logiciels de conception ainsi que sur des machines. Cet espace de partage a également pour vocation de favoriser les rencontres et la création collaborative entre les apprenants, les acteurs locaux, les associations et les entreprises via des partenariats.

Enfin, les équipes du Rex-Nouméa, son directeur Manuel Touraille, les artistes et les équipes de l’AFD ont été chaleureusement applaudis et remerciés, avant de se retrouver autour d’un cocktail.

Salon virtuel mouv’outremer : le rendez-vous des acteurs du changement

Six mois après la fin du dispositif de form’action, les mouvers Antilles-Guyane ont organisé leur premier événement collectif. Un salon virtuel gratuit et ouvert à tous pour échanger, partager et rencontrer la communauté.

Une zone d’accueil pour accéder aux différents espaces, une salle de conférence pour les sessions plénières, des ateliers et tables-rondes pour échanger en petit comité, des stands pour présenter les partenaires, un espace de discussion pour réseauter et discuter avec l’ensemble des visiteurs et des intervenants… Grâce à la plateforme indienne Floor et à l’énergie sans faille du pôle évènement de la communauté Antilles-Guyane, c’est un véritable salon qui a ouvert ses portes le 10 décembre 2021 à 8h30.

Retour sur les temps forts de cet événement qui a marqué les esprits, avec trois référents au cœur de l’organisation.

Béatrice DUCHET (Martinique) est chargée de mission à l’AFD de Fort de France. Il y a un an, elle a choisi de participer en tant qu’apprenante à la form’action mouv’outremer qu’elle avait contribué à construire. Cette « double casquette » lui a donné envie d’aller plus loin en s’engageant dans le pôle événement de la communauté Antilles Guyane.

C’est également le cas de Nicolas LESUEUR (Guadeloupe), communiquant engagé dans l’association Gwada MLCE, pour la mise en place d’une monnaie locale, et dans l’association L’effet papillon, qui organise notamment les conférences TEDxPointeàPitre. Nicolas s’est « tout de suite positionné » pour le pôle événement.

Quant à Frida RENE (Guadeloupe), c’est en tant que « citoyenne engagée dans le secteur associatif », notamment pour la mise en place de dispositifs collaboratifs de lutte contre l’obésité et pour l’éducation alimentaire, qu’elle a tout naturellement voulu mettre son expérience au service du pôle événement.

À l’été 2021, ces trois-là, ainsi que Lavinia RUSCIGNI et Claude TITINA (également référentes du pôle événement), très motivés pour faire vivre leur communauté, ont organisé de nombreux échanges avec les membres pour savoir quelles étaient les attentes : pérenniser la dynamique de la form’action, essaimer cette énergie de vouloir transformer les territoires ultramarins, faire connaître la communauté. C’est de là qu’est née l’idée d’un événement grand public qui rassemblerait les mouvers mais également des institutionnels et d’autres porteurs de projets.

Les référents en action

Pourquoi un salon virtuel ?

Frida. En raison du contexte sanitaire incertain, nous avons vite fait le choix du distanciel. C’était aussi un moyen de réduire les coûts. Mais on voulait vraiment créer une ambiance de salon dans lequel on se balade, on se rencontre… Et non une « visio » sur toute une journée ! La solution nous est venue de Nicolas, qui a trouvé cette plateforme, l’outil parfait, avec différents espaces et niveaux d’interaction.

Nicolas. Ça a été folklorique ! Même si j’avais déjà assisté à un événement sur Floor, c’est un outil pour lequel on n’avait pas de repères ni de référents vers qui se tourner pour savoir comment ça fonctionnait. Donc on s’est dit : relevons le défi et en avant la galère !

Béatrice. Vous avez compris qu’on a un geek dans l’équipe (rires) ! On voulait se démarquer, faire quelque chose d’innovant, donc on a dû sortir de notre zone de confort et se former rapidement.

Comment avez-vous procédé ?

Nicolas. On s’est rendu compte qu’on avait des ambitions importantes et qu’il nous fallait un minimum de budget, notamment pour le film de présentation des mouvers et défrayer les bénévoles. En tant que communicants, nous savons que la préparation d’un tel événement engendre de nombreuses tâches et que ça demande du temps. Grâce à Béatrice, on s’est rapproché de l’AFD à Paris ; le projet a reçu un bon accueil et notre budget a été validé.

Béatrice. Dès lors, on a pu faire appel à Maud de Makesense pour qu’elle nous accompagne dans l’organisation. On s’est aussi appuyé sur les référents des pôles animation et codéveloppement pour relayer l’information et nous aider à mobiliser la communauté. Petit à petit, les membres se sont engagés pour proposer des cessions et des ateliers. C’est comme ça que nous avons bâti le programme. Nicolas et Frida ont beaucoup travaillé sur la mobilisation des partenaires extérieurs.

Comment avez-vous recruté ces partenaires extérieurs ?

Frida. Quand on présente la communauté et ses valeurs – créer du lien pour un développement durable de nos territoires –, la plupart des acteurs répondent favorablement. De surcroît, on leur proposait des stands gratuitement. Ça leur offrait une visibilité et ils pouvaient venir sans pression. Au regard de la crise sanitaire et de la crise sociétale chez nous, notre manifestation apportait une bouffée d’air frais dans la grisaille ; une journée où on se penche sur les solutions plutôt que sur les problèmes.

Nicolas. Les acteurs institutionnels ont besoin d’aller à la rencontre des porteurs de projets : ils étaient donc heureux d’avoir cette tribune. Nous sommes aussi allés chercher des personnes qu’on connaissait bien par notre action associative. Elles ont tout de suite répondu présent ! Et, pour rebondir sur ce que dit Frida, il faut remettre dans le contexte. En Guadeloupe, une semaine avant, il y avait beaucoup de tensions, des barricades. Début décembre, toutes les manifestations, même en distanciel, étaient annulées. Mais on avait engagé tellement de temps et de tripes qu’on ne voulait pas renoncer.

Avez-vous dû modifier le programme à cause de la crise ?

Nicolas. On a revu un peu le positionnement pour contextualiser nos problématiques de développement durable et la réalité de crise sociale de nos territoires. On voulait montrer qu’on est conscients de ça, qu’on n’est pas hors du circuit.

Frida. Le programme initial prévoyait de recevoir le ministre ou son représentant, les présidents de région… Compte tenu du contexte et des urgences qu’ils avaient, on ne pouvait plus focaliser l’ouverture de l’événement sur eux. Mais on a eu la chance de trouver rapidement d’autres politiques qui sont venus.

Quels ont été les temps forts de cette journée ?

Frida. Le moment le plus fort, pour moi, pendant la matinée d’introduction, ça a été le témoignage des élus de nos territoire qui avaient participé à la formation. Leur prise de parole a démontré aux autres institutionnels qu’eux aussi pouvaient se former et être partie prenante de la communauté. Pas simplement pour recevoir les porteurs de projet, mais pour travailler de manière plus collaborative. C’était un message important : on peut à la fois être élu et être dans l’action. Que l’on soit dans le privé, dans le public, élus ou pas, nous formons une communauté et nous pouvons avancer tous ensemble. Un autre moment de la journée qui a marqué beaucoup de visiteurs, c’est la session de Félix Lurel.

Béatrice. Comme Frida, j’ai aimé les temps d’introduction avec nos élus et nos dirigeants. Beaucoup de personnalités importantes étaient présentes, notamment Charles Trottmann (directeur du département des Trois Océans à l’AFD). Mais « mon » temps fort, c’est la diffusion du film de présentation des mouvers et de leurs projets. J’ai vraiment apprécié de revoir les visages de nos collègues et amis.

Nicolas. C’est vrai, la séance d’ouverture avec les élus a été un moment fort. Harry Durimel (maire de Pointe-à-Pitre), par exemple, ne pouvait pas se connecter à cause d’un problème technique. Mais il a insisté parce qu’il voulait vraiment participer et il a finalement pris la parole. On a eu un beau panel d’institutionnels qui se sont exprimés pour ouvrir cette discussion. Pour ma part, comme je me suis beaucoup occupé du support technique, c’est plutôt à la fin de la journée que j’ai été agréablement surpris de constater qu’il y avait encore énormément de monde à la séance de clôture et que ça ne s’arrêtait pas ! C’était émouvant après 8 heures de visio !

Un salon virtuel riche en sourires et partages

Êtes-vous satisfaits de la participation ?

Nicolas : Plus de 200 personnes ! On était impressionnés !

Frida : Oui, très ! Dans le contexte, que tant de citoyens et d’institutionnels prennent le temps de venir, on ne s’y attendait pas. Et ce qui nous a vraiment fait chaud au cœur, c’est que la majorité des gens sont restés très longtemps, voire la journée entière, ce qui est rare. Et ça prouve qu’on a eu raison de maintenir l’événement. De nombreux visiteurs ont participé en direct, notamment via le fil de discussion : il y avait une véritable interaction et de vrais temps d’échanges. Et au cours de la journée, de nombreuses personnes ont intégré le groupe WhatsApp. Ça démontre qu’elles se sont reconnues dans notre communauté et ont voulu y adhérer tout de suite.

Béatrice : Les gens ont découvert cette communauté qu’ils connaissaient mal et ont été bluffé par l’énergie qui s’en dégageait. On est contents parce que finalement, on n’était pas très connus, on n’avait aucune légitimité institutionnelle, à part la participation de l’AFD, mais les gens sont venus et ont trouvé quelque chose qui répondait à leurs attentes.

Deux mots pour qualifier l’événement ?

Béatrice. Fierté, réussite et belle énergie.

Frida. Fierté, ça c’est sûr, avenir et inspiration.

Nicolas. Évidemment, on est fiers. Mais ce qui m’a marqué, c’est le lyannaj ultramarin. On a fait un tour du monde avec des acteurs engagés sur toute la planète. C’est ça, les outremers ! C’est le lyannaj, c’est l’ultramarin, et c’est notre avenir aussi.

Des regrets ?

Nicolas. Le seul, c’est de ne pas avoir trouvé les techniques pour mieux mobiliser notre communauté au début.

Béatrice. Beaucoup d’autres projets intéressants n’ont pu être valorisés puisque certains mouvers n’ont pas fait le film de présentation ; on les a au moins aperçus grâce à Frida, qui a réalisé un montage, mais on aurait aimé montrer davantage qui ils sont et comment ils agissent.

Frida. C’est vrai qu’on n’a pas pu valoriser tous les apprenants autant qu’on l’aurait souhaité. Sinon, objectivement, je n’ai pas de regret. Au regard du budget, de l’équipe projet réduite et de la crise sanitaire et sociale, on a surmonté tous les obstacles. C’est un bel exploit.

Un mot de l’avenir ? Un souhait ?

Frida. Mon souhait, c’est que le salon ouvre encore un peu plus les portes pour la réalisation de nos projets. Un des objectifs était de pouvoir être identifiés non pas comme des gens qui ont eu une idée le matin sur le développement durable (rires), mais comme des porteurs de projets qui ont suivi un parcours d’expert, étudié pendant plusieurs mois les enjeux nationaux et territoriaux, révisé leur copie plusieurs fois et rendu un mémoire… Bref, des personnes qui connaissent leurs territoires et portent des projets en adéquation avec ces territoires. Que cet événement ait permis de nous faire connaître et qu’on fasse appel à nous pour mettre en œuvre nos projets, voilà ce que je souhaite pour nos territoires.

Nicolas. Pourquoi on s’engage dans le pôle événement de cette communauté ? Parce qu’on a envie qu’elle soit plus grande et plus forte. Ensemble, on est plus fort, c’est que les visiteurs du salon ont ressenti. Plus on va prendre le temps de se rencontrer, de discuter de nos projets entre nous, ultramarins, plus cette communauté va se densifier et mener des actions, plus ça sera facile de transformer nos territoires. C’est la diversité des typologies de personnes de la communauté qui donne une ouverture sur un projet global et des possibilités d’avancer beaucoup plus vite.

Béatrice. L’objectif maintenant, c’est de passer de l’idée à l’action. À l’AFD, nous avons cette finalité mais nous ne sommes pas les acteurs, nous sommes là pour accompagner. Je nourris le souhait de pouvoir continuer à accompagner cette communauté, qu’elle s’élargisse et qu’on fasse changer les choses. Valoriser tous ces petits projets, et qu’il y ait une prise de conscience générale de la dynamique existante, une transformation par un passage à l’acte. J’appelle de mes vœux un changement de paradigme, qu’on passe d’une politique où on parle à une politique où on agit. La transformation est attendue par les citoyens. Énormément de projets vont dans ce sens. Je souhaite que nos élus s’approprient ces projets-là, s’approprient toute cette belle énergie et s’appuient sur ces ambassadeurs pour transformer progressivement nos territoires. C’est la politique des petits pas. Et je souhaite également qu’on puisse renouveler la form’action pour avoir encore plus d’acteurs formés et en capacité de mettre en œuvre leurs projets.

On parle de Mouv’outremer dans la presse de Mayotte !

Mouv’outremer et sa communauté Océan Indien ont été mis à l’honneur dans plusieurs journaux de la presse mahoraise. La presse avait en effet été conviée à un évènement organisé par l’agence AFD de Mamoudzou destiné à célébrer la promotion Mouv’outremer Océan Indien en présence d’acteurs publics et privés locaux.

L’occasion pour France Mayotte Matin de publier un bel article soulignant l’émergence d’une « dizaine de porteurs de projets de la promotion Mouv’outremer », après les avoir rencontrés ce mercredi 1er décembre à Mayotte. 

L’article présente une belle vision d’ensemble du dispositif Mouv’outremer à Mayotte, ainsi qu’une sélection de projets parmi les différents lauréats, tous considérés comme des « projets innovants et plein de promesses ». 

Le journal Flash Infos Mayotte pour sa part met également en lumière cette belle réussite, décrivant le dispositif Mouv’outremer comme « un parcours de formation adapté à chaque acteur et aux spécificités des territoires d’Outre-mer ».

Cette valorisation représente une nouvelle récompense pour tous les acteurs de Mouv’outremer, qu’ils soient formateurs, apprenants ou partenaires.

Liens pour retrouver les articles en PDF : 

France Mayotte Matin du 2 décembre

Flash info Mayotte du 2 décembre

Portraits Mouv’outremers – Guadeloupe. Meagann et Terence, créateurs de l’Observatoire de l’alimentation durable.

Qui êtes vous?

Terence Pierrot. Je suis un entrepreneur passionné d’innovation et d’alimentation. Je suis engagé pour le développement de mon territoire aussi bien à travers mes actions personnelles, notamment ma consommation, qu’à travers mes actions professionnelles, avec la création de mon entreprise dans l’agroalimentaire.

Meagann Boulassy. Je suis chargée de mission transition écologique, sensibilisée à tout ce qui traite des enjeux environnementaux, de l’économie circulaire à l’alimentation durable. Et j’ai vraiment à cœur d’apporter ma pierre à l’édifice pour renforcer la résilience de notre territoire.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Meagann. Nous nous sommes rencontrés dans la promotion de Mouv’outremer. Nous étions plusieurs participants dont les projets traitaient de l’alimentation. Grâce à la formation, nous avons pu échanger et nous avons décelé une cohérence dans notre vision de l’alimentation durable en Guadeloupe. J’avais le projet d’une plateforme offrant des outils (données, cartographies, instruments financiers, forum, etc.) pour favoriser un système alimentaire durable. Terence, de son côté, avait déjà identifié ce projet comme solution.

Terence. De mon côté, je portais le projet d’une société de production et distribution de produits alimentaires durables (bio, équitable, végétal) nommée Nuriyo. Le projet de Meagann répondait à des besoins que j’avais, pour mener à bien mon activité : tout ce qui est relatif à la donnée dans le secteur de l’alimentation locale en Guadeloupe. Au cours de la formation, nous nous sommes vite rendu compte qu’il y avait des points de convergence dans nos deux projets et une évidence à travailler ensemble.

Comment cela s’est-il mis en œuvre concrètement ?

Meagann. Après la formation, nous avons avancé chacun sur nos projets. Puis, Terence a décidé de fonder une association avec un jeune agriculteur, Loïc Bourdy. Il m’en a parlé et j’ai tout de suite adhéré à cette initiative.

Terence. L’Association Pour la Production Durable En Guadeloupe (APPDEG) crée un lien entre les acteurs qui veulent œuvrer pour une alimentation durable. Nous avons commencé par des événements de mise en relation et de mise en avant des différents acteurs de la production durable, que ce soit dans l’alimentation, l’agro transformation, les cosmétiques, la mode, tout ce qui a trait à la production locale. Pour aller plus loin, il y avait cette nécessité d’encadrer les acteurs et de mettre à leur disposition les informations et les données, d’où l’idée de créer un observatoire. Et c’est là que l’éclairage de Meagann était important puisqu’elle avait déjà cette initiative de rassembler les données sur les secteurs liés à la production durable.

Grâce à la formation, nous avons pu échanger et nous avons décelé une cohérence dans notre vision de l’alimentation durable en Guadeloupe

Meagann lors de la journée AgriCall de l’association APPDEG organisée en Juillet 2021

Qu’est-ce que l’Observatoire de l’alimentation durable ?

Terence. C’est un outil numérique collaboratif qui centralise et génère les données liées au secteur de l’alimentation en Guadeloupe. On y trouve les statistiques, les enquêtes, la cartographie des acteurs et des initiatives, les informations sur les métiers, les différentes aides et les outils financiers à disposition des porteurs de projets et des entreprises, et également des données sur la consommation.

Meagann. Sa mission est d’aider les porteurs de projets mais aussi les acteurs qui souhaitent tout simplement être informés.

Que vous a apporté la formation Mouv’outremer?

Meagann. Plusieurs participants avaient identifié ce besoin de mettre en commun les données. Au fil des rencontres et des discussions, je me suis rendue compte que c’était bien une nécessité. Cela m’a vraiment confortée dans l’intérêt du projet. J’ai senti qu’il avait toute sa raison d’être. Et puis, cela a renforcé l’envie d’aller plus loin. La rencontre avec Terence et la création de l’APPDEG, par la suite, ont remis un coup de dynamisme pour le développement du projet de plateforme. La formation a aussi permis, à travers les ateliers et la communauté, de challenger le projet, mieux définir le produit, la cible, les utilisateurs, etc.

Terence. La plus-value, c’est la création d’un réseau avec des acteurs qui ont une vision et des objectifs communs. Et puis, ça conforte dans l’idée qu’on ne se réveille pas un matin avec juste de bonnes intuitions, qu’il y a des besoins concrets et que nous sommes sur la bonne voie pour apporter un impact positif pour notre territoire.

Avec les membres de la communauté, les « Mouvers », nous formons vraiment une équipe

Mouv’outremer, c’est également une communauté. Êtes-vous toujours en lien avec les autres participants de votre promotion Antilles- Guyane ?

Terence. Absolument. Nous sommes en train de structurer au mieux le réseau avec tous les apprenants de la formation, de mettre en place des ateliers, des événements, pour que nous puissions réellement nous entraider et ne pas nous retrouver seul de nouveau. Notre objectif est que le réseau s’autogère pour pouvoir accompagner chacun dans son projet, et de maintenir la bienveillance et la solidarité que nous avons pu construire pendant les séminaires.

Meagann. Avec les membres de la communauté, les « Mouvers », nous formons vraiment une équipe. Terence fait partie des référents en codéveloppement et moi, des référents animation de la communauté. Notre but est de pérenniser la dynamique créée lors de la formation.

Les Mouvers, premiers soutiens de l’équipe lors de la journée AgriCall.
De gauche à droite : Francisca AMORIM (Guadeloupe), Blandine DEDES (Guadeloupe), Monette MARIE-LOUISE (Martinique), Terence PIERROT (Guadeloupe), Meagann BOULASSY (Guadeloupe)

Quelles sont vos attentes aujourd’hui?

Meagann. Nous sommes en phase de construction, aussi bien au niveau de la communauté élargie Mouv’outremer, que de l’APPDEG. L’association a été créée en juillet. Ma première attente est qu’il y ait un vaste élan de la part des acteurs pour contribuer et renforcer le mouvement. Nous devons être nombreux afin d’avoir un réel impact et aller loin.

Terence. Nous sommes aussi à la recherche de financements pour nos différents projets (Nuriyo, l’APPDEG, l’observatoire). Le financement est une question fondamentale. Et nous avons besoin de forces vives, notamment pour l’organisation des événements et sur la communication. Que ceux qui souhaitent participer au changement et à l’impact positif qu’on peut avoir sur le territoire en termes d’alimentation durable n’hésitent pas à nous rejoindre !

Quelles sont les prochaines étapes ?

Meagann. Avec l’association, nous préparons une journée « Agri Call » à Marie-Galante pour le mois de décembre. C’est une journée de rencontres solidaires entre acteurs de l’agroalimentaire local.

Terence. Avec Nuriyo, nous sommes lauréats du concours de l’incubateur du Crédit Agricole, le Village by CA Guadeloupe. Nous travaillons pour la mise en place de nos premières unités de production : recherche de financements, industrialisation de nos recettes, installation de notre première usine. Avec la communauté Mouv’outremer, des ateliers de codéveloppement sont organisés afin de profiter de l’intelligence collective. Il s’agit de réunions entre pairs ayant le même niveau de responsabilités pour faire émerger des solutions. À chaque séance, 6 à 8 personnes échangent durant 2 à 3 heures autour d’une problématique rencontrée par l’un des participants. Ces discussions apportent des réponses qui servent à tout le groupe. Au sein de Mouv’outremer, ces rendez vous bimensuels permettent à chacun d’avancer dans ses projets et de résoudre ses problématiques managériales. Le partage, dans un environnement confidentiel et de confiance, renforce aussi notre engagement.

Pouvez-vous tirer un premier bilan ?

Terence. La première journée « Agri call », que nous avons organisée en juillet, a rassemblé environ 250 personnes, c’était une belle réussite. Beaucoup de participants nous ont demandé si ce serait un événement récurrent, pour retrouver régulièrement les acteurs, les producteurs qui font des choses intéressantes localement. C’est un rendez-vous attendu.

Meagann. Mouv’outremer nous a donné des méthodes pour concrétiser nos projets.

Suivez leur actualité sur leur site (en construction) et les réseaux sociaux instagramfacebook

S’engager pour son territoire en devenant animateur·rice du programme Mouv’outremer

La lutte contre l’exclusion, la réduction des déchets, la réduction des polluants, la réduction des risques face au réchauffement climatique et des émissions de CO2 : ces cinq objectifs utilisés dans la formation Mouv’outremer ne pourront être atteints sans la participation des différent.es acteurs et actrices locaux de la dynamisation territoriale. 

Le programme Mouv’outremer est né de ce constat en 2020, afin d’encourager les citoyen·nes, élu·es, chef·fes d’entreprise, membres d’associations, entrepreneur.es, agents publics, cadres, étudiant.es et journalistes des régions d’Outre-mer à lancer un projet à impact social ou environnemental, au travers d’un parcours de formation digital et collectif.

Si ce sont le Ministère des Outre-mer et l’Agence Française de Développement (AFD) qui sont à l’origine de cette initiative, son succès a été rendu possible par des équipes pédagogiques engagées qui comptent parmi leurs membres des bénévoles du territoire, chargées d’accompagner les entrepreneurs sociaux qui composent la communauté des Mouvers.

Qui sont ces animatrices locales ?

Pour cette édition de la zone Antilles, elles étaient 3 :

Sylvie Meslien est Docteure en Histoire et enseignante en Martinique. Fortement engagée sur les sujets de patrimoine et d’innovation à travers différentes associations, elle dispense des formations de co-design à des citoyens, des collectivités et des organisations privées. 

Lina Von Paczensky est la cofondatrice d’un organisme de formation destiné à aider tout public à mieux saisir les opportunités liées au numérique en Martinique également. Elle accompagne notamment des salarié.es, demandeur.ses d’emploi, cadres et personnes en reconversion dans l’acquisition de nouvelles compétences qui leur permettent d’être plus compétitifs sur le marché du travail.

Enfin, Génica Lawrence est enseignante-chercheure à l’Université des Antilles en Guadeloupe. Docteure en Sciences des aliments, elle travaille sur la thématique de la valorisation des ressources végétales locales en mettant en avant les bienfaits nutritionnels, fonctionnels et sensoriels de ces dernières et par l’éducation alimentaire.


Toutes trois portées par les sujets d’accompagnement de projet, les dynamiques d’innovation sociale et le développement économique, culturel et social du territoire des Antilles, elles ont rejoint l’aventure Mouv’Outremer en en devenant les fières accompagnatrices.

Quelle est leur mission ? 

En amont du lancement du programme Mouv’outremer, elles ont bénéficié d’une formation aux différentes méthodes et outils d’innovation qui le composent, ainsi qu’à des techniques d’animation et de facilitation en collectif afin ’d’accompagner les apprenants au cours de la 2ème partie de la formation dédiée au passage à l’action sur son projet (8 semaines d’accompagnement).  

Pour chaque groupe d’apprenants (20 apprenants par groupe), elles ont endossé un rôle de chaperon ; structurer, fédérer et accompagner les apprenants, en démontrant notamment des qualités d’écoute, d’empathie et d’enthousiasme. 

Chaque semaine, les apprenants se retrouvaient lors de webinaires d’une heure pour échanger de bonnes pratiques, partager des succès, résoudre d’éventuelles difficultés et, bien sûr, faire un point sur l’avancement de leurs projets respectifs. C’est aux commandes de ces réunions, que nous retrouvons nos animatrices du programme, qui doivent tirer le meilleur de participants aux projets et profils bien différents. 

Ce sont ces animatrices qui ont pu soutenir les apprenant•e•s en leur donnant accès à de belles opportunités, par exemple indiquer à Lauriane, qui souhaite créer un bar à salade bio où les salarié•es seront en majorité des travailleur•ses handicapé.es, des opportunités de financement et d’accompagnement pour son projet, ou échanger sur ses problématiques du moment avec Florent, porteur d’un projet dans la transformation d’eau salée en eau potable à travers le photovoltaïque, lors de temps d’échanges en ligne. 

Une expérience humaine

Avant de rejoindre l’aventure Mouv’outremer, Sylvie était optimiste quant à la capacité des Outre-Mer à s’engager pour des causes environnementales et sociales. En devenant animatrice pour le programme, elle a pu découvrir, et même participer, à cette dynamique territoriale : “j’étais loin de me douter – même si je le supposais, que nous avions des Outre-Mer aussi dynamiques et en phase avec leur environnement ainsi qu’avec les personnes qui les composent. Personnellement ce fut une expérience enrichissante et pleine d’enseignements, notamment grâce aux organisateur.rices du programme, et par celles et ceux qui s’y étaient inscrit.es. Même avec le contexte sanitaire actuel, tout le monde était au rendez-vous !” 
 

Selon Lina, c’est l’esprit de communauté qui fut en grande partie responsable du succès du programme : “c’était un véritable plaisir de faire partie de cette jeune communauté. J’ai beaucoup apprécié l’attitude de partage et d’entraide des participant.es, qui ont formé une promotion soudée tout le long du parcours de formation.” Cette notion de camaraderie est au cœur du programme Mouv’outremer, et ce sont les animateurseur·rices qui en sont les garant·e·s. 

De nouvelles compétences à valoriser et des ressources à exploiter 

Lina, désormais plus sensibilisée aux enjeux de transition de son territoire, a confirmé sa volonté d’intégrer les cinq piliers de la formation (la lutte contre l’exclusion, la réduction des déchets, des polluants, la réduction des risques face au réchauffement climatique et des emissions de CO2) à son activité professionnelle. Désormais, son entreprise dispensera des programmes d’accompagnement thématisés. “Nous souhaitons également ouvrir notre tiers-lieu aux rencontres et aux initiatives de la communauté Mouv’outremer, afin de permettre une continuité dans l’échange et la collaboration.

Évoluant déjà dans le milieu de l’insertion professionnelle de par son activité de formation, Lina a pu également, en tant qu’animatrice, améliorer sa connaissance des acteur.rices du territoire engagé.es dans une dynamique de développement durable et d’impact positif. “La diversité de projets et le niveau d’engagement ont été une source d’inspiration et de motivation pour moi, et donc indirectement pour mon entreprise.” complète-t-elle. 

Pour Sylvie, qui travaille depuis plusieurs années avec une multitude d’acteurs sur des enjeux de conservation de patrimoine et d’acculturation au numérique, cette expérience fut l’occasion de s’approprier de nouvelles approches en les mettant en pratique rapidement : “En plus de m’être enrichie au contact d’entrepreneur.es engagé.es, le fait d’être coordinatrice m’a permis de découvrir des méthodes et des outils qui me serviront forcément dans mon activité professionnelle.” Cette dimension représente une autre force du programme : que l’on soit porteur.se de projet ou animateur.rice, le modèle formation-action permet à chacun de rapidement engranger de nouvelles compétences. 

A l’issue du programme, en plus de l’expérience vécue et d’une mise en réseau poussée, les 3 animatrices ont pu repartir avec des contenus de formation qu’elles ont désormais la possibilité de réutiliser dans le cadre de leurs propres activités d’accompagnement ou de formation.

Une aventure pour son territoire et pour soi

Les objectifs de transition portés par Mouv’outremer sont ambitieux, mais les Mouvers le sont aussi, et s’ils peuvent se le permettre, c’est en grande partie grâce à l’engagement des équipes pédagogiques et des animateurs·rices locaux·ales du programme. De par leur rôle stratégique et bienveillant, ils veillent à la réussite du programme de formation, tout en vivant une expérience unique leur permettant d’adopter une nouvelle posture, tant sur le plan personnel que professionnel. Qui sait si, pour certain.es d’entre eux, ce ne fut pas l’élément déclencheur qui les poussera à se lancer à leur tour, dans un projet à impact pour leur territoire ? 


Portrait Mouv’Outremer – Martinique : Claude Titina, « initier un mouvement des entreprises d’outre-mer en faveur de la création « d’aires de détente et de jardins créoles écoresponsables »

40 porteurs de projets très prometteurs et à impacts visant à accélérer les transitions vers des territoires durables, sur des thématiques très variées répondant aux besoins des territoires, ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à candidatures lancé par l’AFD et le Ministère des Outre-mer. Outremers 360 vous présente l’un de ces porteurs de projets. Aujourd’hui, nous allons en Martinique,  à la rencontre de Claude Titina qui souhaite promouvoir la création« d’aires de détente et de jardins créoles écoresponsables dans les entreprises.

Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ?

J’ai tout d’abord fait des études d’Econométrie et de Commerce International à Paris I Panthéon Sorbonne (Bac +5). J’ai ensuite passé plus de 25 ans à Paris, dans le marketing et la communication ou j’ai occupé plusieurs postes dans le conseil (consultante senior, directeur conseil, directeur de département corporate) et dans l’opérationnel (Responsable Communication, Directeur Développement Marketing puis Conseil auprès de dirigeants (Médiamétrie, Groupe Largardère, Groupe Thuasne, Air France etc.) ; une expérience variée, qui m’a permis de très bien connaître le monde de l’entreprise.

J’ai fait partie des Etats Généraux de l’Outre-mer, qui avaient déjà à l’époque un axe Développement Durable. Suite à la crise de 2008, forte de mes compétences en partenariats et en lobbying, j’ai décidé d’apporter cette expertise au service de ma région d’origine : la Martinique.

J’ai démarré mi 2009 en tant que Déléguée générale de Contact-Entreprises (Association de chefs d’entreprise), pour laquelle j’ai organisé une conférence avec Guy Carcassonne, professeur de droit constitutionnel renommé. Nous étions alors à la veille d’une consultation sur le statut institutionnel de la Martinique puis en 2010, j’ai accepté une mission au Conseil Régional de Martinique puis intégré l’AMPI (Association Martiniquaise pour la Promotion de l’Industrie) puis en 2012 en tant que chargée de mission. Toute cette expérience professionnelle s’est combinée avec une attirance naturelle pour notre nature riche, notre biodiversité et nos jardins depuis mes jeunes années. Toutefois, c’est surtout le contexte multi facteurs (la crise sanitaire, l’opportunité Mouv’outremer et ma sensibilité personnelle aux transitions) qui m’a permis de cheminer vers le thème de mon projet. Aidée en cela par la nécessaire prise de recul et les ressources autour de la transition écologique offertes par la formation Mouv’outremer.

Quel est le projet pour les transitions durables que vous portez ?

Le but de mon projet est d’initier un mouvement des entreprises d’outre-mer en faveur de la création « d’aires de détente et de jardins créoles écoresponsables », dans une dynamique RSE. Mon ambition est d’abord de susciter l’adhésion au projet, puis d’accompagner les chefs d’entreprise qui se laisseront tenter par l’aventure, jusqu’à la pose effective de la 1ère pierre du jardin créole et de l’aire de détente. Ce projet devrait être « hébergé » dans un premier temps par l’AMPI, mon employeur, qui est une association de loi 1901. Ensuite, la forme juridique pourrait alors évoluer. Tout dépend de la dynamique enclenchée et de son évolution.

Le projet a plusieurs ambitions. D’une part, pouvoir améliorer le bien-être au travail dans les structures qui possèdent du foncier et sensibiliser à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. D’autre part, renouer avec la nature généreuse de la Martinique, nos jardins traditionnels encore omniprésents à l’époque de nos grands-parents, et avec une relation plus saine à la nutrition.

En réalité j’ai toujours été très sensible à la préservation de la nature, et au-delà de ma sensibilité naturelle, à mon retour à la Martinique, j’ai été confrontée à la dégradation de l’île, aux taux de pollution de l’air, et à la présence prégnante de chlordécone dans nos sols et nos rivières pour des années… A cela, il faut rajouter mon engagement personnel au sein du Rotary Club de Fort de France depuis 6 ans et que je préside cette année, et au sein duquel ces problématiques nous préoccupent également.

Pourquoi votre engagement pour les transitions durables, qu’est-ce qui vous tient à cœur ? Qu’est-ce qui vous a motivé, quel a été votre déclencheur pour ce projet ?

Plusieurs éléments de contexte ont donc forgé ma réflexion : Tout d’abord, la prise de conscience dans la population de l’importance de l’origine des produits que nous consommons (fruits, légumes, viandes, poissons, crustacés…), conséquence de l’impact de la pollution de nos terres en chlordécone ; on estime qu’au moins un tiers de la surface utile agricole serait polluée durant des centaines d’années !

Qui plus est, est venue se rajouter la période de confinement strict des mois de mars-avril- mai avec la diminution du trafic maritime et du fret aérien, qui a mis en lumière notre dépendance encore trop forte en matière alimentaire (entre autres) et l’importance d’avoir des unités de fabrication de produits locaux (alimentation, hygiène, matériaux de construction etc.). On a ainsi vu fleurir un retour vers nos jardins d’antan avec la croissance de ventes en magasins de bricolage et de jardineries.

Ensuite les protocoles sanitaires préconisent des recommandations portant sur l’aération régulière des locaux recevant du public comme ceux privés. Or nos bâtiments tertiaires Outre-mer sont quasi exclusivement orientés vers une climatisation systématique et sont dépourvus de terrasses, balcons et encore moins de jardins et aires de détente. Rares sont ceux dit « bioclimatiques » à date. Et puis parallèlement, les chefs d’entreprise et dirigeants d’institutions publiques se sont retrouvés face à une problématique nouvelle : restaurer la confiance des salariés sur leurs lieux de travail afin de les accueillir à nouveau de manière sécurisée sur le plan sanitaire. Ce qui n’est pas simple et évident dans des endroits fermés et bétonnés.

Autre élément que nous ne devons pas perdre de vue pour autant : la préparation de nos entreprises vers une transition écologique plus importante avec des défis de résilience au changement climatique, de réduction des déchets, de consommation en énergie fossile, d’inclusion, ou de pollution de nos sols.

Avec pour fil rouge, le développement nécessaire de la RSE (responsabilité sociale et environnementale) en Outre-mer. Aujourd’hui, elle est encore émergente. On voit l’introduction d’indicateurs liés au bien-être des salariés, à la capacité des entreprises à coopérer plus intelligemment en matière de contribution à un comportement plus vertueux et respectueux de l’environnement, mais c’est encore une friche. D’où l’idée de relier les deux avec l’intitulé de mon mémoire : Le contexte sanitaire ? Accélérateur de RSE dans les Outre-mer Français : Pour un déploiement « d’aires de détente et de jardins créoles écoresponsables ».

Quelles ont été les étapes suivantes ?

Une fois le contexte posé, il a fallu réfléchir en termes de cibles prioritaires. J’ai décidé de me concentrer dans un premier temps sur les entreprises disposant de foncier et de proposer des aires de détente aménageables en jardins créoles à destination des salariés – d’une superficie pouvant varier de 250, 500 à 1000m2 et plus si elles le peuvent.

Ces « aires de détente et jardins créoles écoresponsables » proposeraient des arbres fruitiers, légumes et plantes aromatiques faciles à faire pousser et entretenir (citron, mangue, prune de Cythère, orange, goyave, plant de canne, citronnelle, menthe brisée, et autres aromatiques et medicinales, christophine, igname, tomate…). En fonction du lieu et de la nature du terrain.

Le budget de départ du jardin stricto sensus (hors carbet) varie entre 3000 et 7000€ avec des fruitiers de taille moyenne de façon à obtenir une récolte rapide (entretien exclus).

Bien évidemment, un jardin écoresponsable fait appel :
– Au recyclage des déchets vers la fabrication de compost
– A la récupération de l’eau de pluie afin de favoriser l’arrosage et drainer les sols
– A l’utilisation d’engrais naturels non chimiques.

A moyen terme, il s’agira d’intéresser les promoteurs et les syndics immobiliers, les bailleurs sociaux et les communes bien sûr. Ces deux derniers ayant en charge l’entretien des espaces verts.Enfin à terme, il n’est pas exclu de créer un atelier d’insertion avec le CFA agricole et Pôle Emploi pour l’entretien qui serait adossé à une entreprise du secteur déjà bien implantée.

Ce projet dans son ensemble peut être un véritable levier de bien-être pour tout le territoire. Vous imaginez aller à votre travail et en revenir avec des fruits, légumes ou plantes aromatiques provenant d’une agriculture écoresponsable ? Qui pourrait refuser cela ?

potager créole

Quels sont les défis que vous rencontrez ?

Le co-financement et l’accompagnement.
Le projet intéresse beaucoup. Les premiers entretiens sont très encourageants y compris auprès des entreprises de l’AMPI. Des entreprises ont déjà manifesté un intérêt pour la démarche. Certaines de nos distilleries, EDF, SARA, entre autres parmi les premières.

Je suis également convaincue que ce projet ne peut évidemment que rencontrer une forte adhésion auprès des salariés, sur la base de quelques entretiens qualitatifs que j’ai d’ores et déjà pu effectuer.
Il faut pouvoir trouver un levier de financement incitatif de façon à convaincre les chefs d’entreprise de relever ce défi de la transition sociale et écologique.

Différents partenaires possibles sont en train d’être contactés (CTM, DAAF, Office Français de la Biodiversité, ADEME, CREDIT AGRICOLE, BRED…).

De quelle façon Mouv’outremer vous a aidé à le porter, le développer et à répondre à ces défis?

Sur le plan des cofinancements tout d’abord. Mouv’Outremer s’est trouvé être un formidable facilitateur de rencontres avec les interlocuteurs idoines. C’est un gain de temps considérable. C’est aussi une caution de savoir que ce programme de formation est proposé par le Ministère de l’Outre-mer et développé par l’Agence Française de Développement. Le Président de la République a adressé un message fort lors du lancement du programme le 8 avril 2019. Nous savons que les projets validés sur le papier sont scrutés et seront accompagnés d’une façon ou d’une autre. C’est plutôt rassurant et nous avançons en confiance. La dynamique enclenchée dispose de tous les ingrédients pour générer de véritables projets participant au développement du territoire et à sa transition écologique.

Les outils et ressources offerts par la formation pendant ces 4 mois et l’élan collectif suscité au sein de la communauté des apprenants et formateurs sont vraiment un gage de qualité et nous arment pour les prochaines étapes de nos projets.

Un ou des apprentissages sur le parcours Mouv’outremer ?

La fertilisation de nos intelligences à travers la diversité des parcours des apprenants du programme : ce sont toutes nos réflexions, nos apprentissages en individuel et en groupes qui nous ont permis d’élaborer, conforter, repositionner parfois, enrichir nos dynamiques de projet, jusqu’à leur maturité et leur viabilité. Au sein du groupe, il y avait différentes maturités de projet, de l’embryonnaire, ou d’idée (c’était mon cas) à celui déjà plus charpenté. Nos projets ont été enrichis au fur et à mesure des semaines et des étapes en particulier celle en présentiel durant 5 jours non-stop à l’Hôtel Batelière à la Martinique, au cours desquels nous avons été sur le terrain à la rencontre d’interlocuteurs, en avons reçu d’autres et avons beaucoup travaillé en mini groupes autour de thématiques, tests de connaissance et de personnalité. Ensuite au cours des mois de novembre et décembre, le travail personnel et les points d’étapes hebdomadaires ont été cruciaux. La rédaction de notre mémoire et sa soutenance ont été les points d’orgue avec des projets beaucoup mieux construits et viables.

Le repérage systémique et la hiérarchisation des publics-cibles sur lesquels se concentrer, en priorité puis de manière graduelle dans le temps, pour optimiser la réussite du projet. Les étapes méthodiques d’avancement du projet furent très formatrices.

Trois choses que vous retenez du parcours ?

1. Les ressources très variées (tant sur le plan du leadership, du management que de la transition écologique) et les méthodologies mises à notre disposition par nos formateurs de Kedge Business School et de Make Sense.
2. La bienveillance des formateurs et leur façon de nous amener à être encore meilleurs et les possibilités de rencontres avec des personnes clés tout au long du programme qui nous ont été offertes.
3. L’entraide et la solidarité entre les apprenants.

Jardin créole 2

Vos attentes/espoirs pour la suite ?

Chaque fois que j’expose le projet, les retours sont très positifs. Il faut un minimum d’ambition et se projeter. J’ai donc très bon espoir qu’une ou plusieurs entreprises s’engagent de façon à poser la première pierre d’une ou de plusieurs « aires de détente et jardins créoles écoresponsables » dans le courant de l’année 2021, en présence du Ministre des Outre-mer.

J’aimerais que via le réseau des MPI, nous puissions décliner ce projet dans les autres régions d’outre-mer, j’ai prévu de m’y rendre personnellement si le contexte sanitaire m’y autorise et j’espère pour cela y être encouragée par l’AFD et le ministère des Outre-mer. Il ne s’agit pas ici d’aide en matière financière (nos projets doivent trouver leurs propres financements), mais d’une sorte de « caution morale » si je puis dire ou une forme de « labellisation Mouv’outremer » dans la mesure où le projet a pris naissance et s’est concrétisé au sein même de la formation portée au départ par l’AFD et le ministère des outre-mer. En ce sens, la formation Mouv’outremer est de facto une sorte de « couveuse de projets porteurs de sens et de développement de nos territoires ».

Que le Président de la République puisse visiter l’un de nos jardins référents quand il viendra à la Martinique, ce qui serait un signal fort tant pour les entreprises et les salariés engagés et une marque de suivi du projet au plus haut niveau. En quelque sorte, une sorte de traduction en acte d’une des volontés politiques reposant sur un concept initial, lequel s’inscrit dans une dynamique de transition écologique et responsabilité sociétale des entreprises en Outre-mer.

Que la communauté des Mouver’s demeure tout aussi solidaire. De vraies amitiés sont nées. Puissent-elles perdurer.

Mouv’outremer en 3 mots :
– Concrétisation de projets
– Réseau
– Solidarité.

Portrait Mouv’Outremer – Guadeloupe: Joséphine Notte, « Mon projet est une auberge de jeunesse éco responsable en Guadeloupe, par les jeunes guadeloupéens et pour les jeunes voyageurs internationaux»

40 porteurs de projets très prometteurs et à impacts visant à accélérer les transitions vers des territoires durables, sur des thématiques très variées répondant aux besoins des territoires, ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à candidatures lancé par l’AFD et le Ministère des Outre-mer. Outremers 360 vous présente l’un de ces porteurs de projets. Après la Guyane et la Martinique, nous partons en Guadeloupe à la découverte du projet de Joséphine Notte qui souhaite installer des auberges de jeunesse éco-responsables.


Bonjour Joséphine, merci d’avoir accepté cette rencontre. Comment vous sentez vous prête à répondre aux questions ?

Je me sens.. comme avant d’entrer sur scène ! Avec le même stress que lorsque l’on doit rentrer sous les projecteurs. J’ai fait beaucoup de danse, et j’ai la même sensation, comme un rush d’adrénaline juste avant que la musique démarre.

Pourquoi cette sensation ?

Mon projet représente beaucoup pour moi, il a, d’une certaine manière, toujours été en moi, c’était mon rêve, et jusqu’à mon entrée dans le parcours Mouv’outremer c’était très rare que j’en parle. On va dire que j’attendais “le bon moment”. C’est la première fois que j’en parle en dehors de la communauté.

Et maintenant êtes-vous prête ?

Oui parce que j’ai envie que ce projet devienne une vraie réalité pour la Guadeloupe. Il est temps de passer à l’action car nous vivons actuellement une période de transition, c’est le moment de faire naître de nouvelles idées et de prendre des orientations nouvelles.

Joséphine, comment vous présenteriez-vous ? Comment aimeriez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous caractérise ?

Je me définis comme une passionnée de développements de projets qui ont un impact positif sur les territoires. J’ai commencé mon cursus avec un double diplôme en langues étrangères appliquées, traduction, interprétation et communication interculturelle. C’est au cours de mon apprentissage des langues (anglais et italien) que j’ai commencé à voyager. L’immersion dans une culture, c’est la meilleure façon d’apprendre une langue ! Vite, j’ai attrapé le virus du  voyage et je me suis retrouvée à alterner études, voyages et expériences professionnelles.

Cette diversité d’expériences m’a beaucoup appris et m’a donné envie de me spécialiser en  tourisme. J’ai donc réalisé une maîtrise en « Développement du tourisme » à l’Université du Québec à Montréal en choisissant de me spécialiser sur le tourisme insulaire et stratégie des destinations. Les îles sont en effet des territoires fabuleux mais également plus vulnérables etavec une activité touristique forte. Il est fondamental, pour garantir la durabilité de ces territoires, de penser à un développement et à un aménagement adapté.

La Guadeloupe c’est mon île de cœur, il était donc évident que je me spécialise sur ses dynamiques avec un mémoire “Le potentiel de la destination Guadeloupe à se développer sur le marché international”. Je vois la Guadeloupe comme un territoire qui a un potentiel inégalé.
Cela me passionne de réfléchir à des projets ou à des idées qui la mettent en valeur tout en préservant ce qui fait sa richesse.

A la sortie de ma maîtrise, j’ai participé à un projet de coopération Guadeloupe-Québec dans le cadre du Fond Franco-Québécois pour la Coopération décentralisée. En partenariat avec la Communauté d’Agglomération la Riviéra du Levant et de la Chaire du Tourisme à Montréal, nous avons développé des actions pour faire de la Guadeloupe une « Co destination : c’est-à-dire un territoire à l’image des visiteurs et des visités ». Ce projet m’a ramené au pays. J’ai commencé à travailler dans l’hôtellerie et aujourd’hui je suis consultante en communication.

A la découverte de la Valle de Cocora - Colombie
A la découverte de la Valle de Cocora, Colombie © DR

Du coup c’est le bon moment pour nous parler de votre projet. Quel est-il ?

Mon projet est une auberge de jeunesse éco responsable en Guadeloupe : par les jeunes guadeloupéens et pour les jeunes voyageurs internationaux. La Guadeloupe est une destination qui reste authentique et préservée, je pense qu’il est fondamental d’avoir une politique touristique 100% écoresponsable en choisissant de développer des projets plus respectueux de notre environnement, de notre biodiversité, plus inclusif et qui participe avant tout à embellir le quotidien des guadeloupéens.
L’auberge a vocation à être autosuffisante tant en énergie, qu’en alimentation en eau et recyclage de ses déchets. Je suis convaincue qu’aujourd’hui nous avons la connaissance pour créer des hébergements autosuffisants et à faible impact. C’est ce qui m’anime aujourd’hui : montrer qu’il est possible de faire du tourisme tout en préservant et respectant un territoire.

Comment est née cette idée ?

On peut dire qu’il y a deux éléments déclencheurs à ce projet : tout d’abord mon expérience personnelle et surtout mon amour pour mon île. J’ai eu la chance de beaucoup voyager. Asie, Europe, Amérique latine, Polynésie … Je faisais ce qu’on appelle aujourd’hui du slow tourism: une découverte des cultures et territoires en prenant soin de s’impliquer dans la vie locale avec un travail, du bénévolat ou des études.

Tout ce temps j’ai vécu et travaillé dans des auberges de jeunesse, on peut dire que c’est là que je me suis construite en tant qu’adulte, que j’ai commencé à avoir des expériences professionnelles et des responsabilités. Ce sont fondamentalement les auberges qui ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui.

C’est cette opportunité que je veux également donner aux jeunes de Guadeloupe : en participant avec moi au développement et à la pérennité de ce projet j’aimerai leur offrir un complément de formation, une première expérience professionnelle et aussi leur donner envie pourquoi pas d’aller vivre des expériences internationales ! Ce qui est beau dans les auberges c’est l’expérience sociale qui est très riche: on rencontre des gens qui viennent des quatres coins du monde, avec des cultures et histoires différentes et tout le monde cohabite dans la bonne ambiance. Pour moi c’est une belle image de l’humanité.

Pourquoi cet engagement pour les transitions durables et les auberges de jeunesse?

En tant que citoyen, l’engagement durable devrait faire partie de notre quotidien. Si chacun intégrait quelques pratiques plus consciencieuses de leur environnement, nous pourrions plus facilement avancer vers des sociétés plus durables. En Guadeloupe, on vit des situations très contradictoires: d’un côté les coupures d’eau sont un quotidien et on est fortement dépendants de l’importation mais d’un autre on a des conditions favorables pour être autosuffisants: un bon climat, du soleil, une forte biodiversité …C’est donc la raison d’être de mon projet, montrer à travers de l’expérience à l’auberge, qu’il existe des alternatives à la consommation d’aujourd’hui et que ces solutions sont accessibles à tous.

J’aimerai que chaque visiteur puisse rentrer chez soi plus enrichi, avec des pratiques éco-responsables qu’il pourra adapter dans son quotidien. Pour enseigner tout ça, je compte m’appuyer sur le savoir-faire que l’on a en Guadeloupe, en développant des partenariats avec les associations du territoire. Ce sont ces acteurs qui sont l’essence même de la Guadeloupe. En bref, je vois mon auberge comme un grand carrefour de rencontres, chacun partage, échange et reprend son chemin plus enrichi !

Rencontres à Sapa - Vietnam
Joséphine Notre lors de son voyage au Vietnam © DR

Où en êtes vous dans ton projet ? Quels sont les défis que vous rencontrez?

J’ai terminé mon Business plan. Avec la formation, j’ai pris bien le temps de l’enrichir, le challenger, identifier les bonnes parties prenantes et surtout d’avoir un processus de développement bien clair et établi. A présent je suis au stade du passage à l’action: garantir mon lieu d’implantation, trouver des financements et les partenaires qui souhaitent s’engager et me soutenir. Je suis dans l’optique de faire l’auberge “un projet territoire” en adéquation avec son lieu d’implantation. Hors de question d’avancer seule, je veux construire avec la communauté et me développer en harmonie avec leur vision.

Un des plus gros défis actuels, c’est bien sûr la pandémie ! Tout d’abord parce que les investisseurs sont généralement plus frileux, mais aussi parce que le tourisme a pris un gros coup sur nos destinations. La crise du covid est un défi mais aussi une opportunité : Cette situation témoigne que le tourisme, s’il n’est axé que sur de la consommation de masse, et sur les arrivées internationales, il n’est pas viable ! Au contraire, s’il implique des dynamiques et des partenariats forts avec les acteurs locaux, il est plus résilient. C’est cette dynamique que je cherche à créer avec mon projet.

Vous avez identifié le terrain ?

Non pas encore, mais j’ai des pistes ! Dans l’idéal je cherche un grand espace naturel que je pourrais aménager tout en gardant le plus possible l’état naturel du lieu. Une des vocations de l’auberge est avant tout d’offrir un accès et une expérience en nature. Ici la nature est partout, mais pour avoir accès à un logement éco responsable il faut un certain budget. J’aimerai donc pouvoir d’une certaine façon démocratiser les éco hébergements touristiques. Je pense que cela pourrait avoir un impact très positif sur les jeunes et influencer leurs pratiques de consommation ou choix de vie.

Comment est-ce que Mouv’outremer intervient dans tout ca ?

Mouv’outremer est une opportunité fantastique. Tout d’abord, parce que cela m’a permis en répondant à l’appel à projet de tester l’intérêt que le territoire pouvait porter à mon initiative. Il était très important pour moi de valider que ce que je propose va dans le même axe de développement que celui des parties prenantes guadeloupéennes. Ensuite, c’est l’occasion de rencontrer, de créer des liens avec des personnes que je n’aurai sûrement jamais eu la chance de croiser. Nous sommes tous dans la communauté mouv’outremer animés par cette passion et cette volonté forte de faire de demain, un futur meilleur pour nos territoires. Cela donne tellement d’espoir de savoir qu’il existe des gens animés de la sorte ! Une autre force, c’est qu’au sein de la communauté il y a des porteurs, mais aussi des élus, des responsables d’institutions et ensemble on se guide et se conseille pour faire avancer nos projets. Chacun a des savoirs faire différents et ce partage de connaissance nous aide à relever nos défis. On a réalisé une charte de confiance au 1er séminaire. Aujourd’hui elle ne se discute même plus, on a besoin de se voir, de travailler ensemble, on a commencé à prendre notre réalité en main !

On se met à nu, on a un gage de confiance tellement intégré, c’est fondamental, alors que nous venons de tous horizons. Quelle chance de pouvoir échanger avec eux pleinement. Certains m’ont coaché, accompagné, ils m’ont trouvé des solutions. C’est une vraie force.

Un ou des apprentissages marquants sur le parcours Mouv’outremer ? Des acquis ?

Le parcours m’a permis d’apprendre un peu plus tous les jours. Tout au long de la formation j’ai pu challenger, perfectionner, réviser mon projet. Je pense qu’à fin janvier il aura gagné en richesse et en maturité. J’ai aussi gagné en confiance et ai pu développer l’expertise d’outils nouveaux. Aujourd’hui quand j’explique le projet en détail j’ai l’impression que les connexions sont multiples entre chaque aspect du projet. Mouv’outremer m’a aidée à créer des liens, à cadrer, et développer un cheminement pensée adapté à la réalité du terrain.

Faire vivre avant tout mon projet dans les 2 prochaines années à venir ! Concernant mouv’outremer, nous avons créé des liens forts, j’espère qu’il se consolideront toujours plus, que nous réussirons à créer une vraie communauté impactante, qui inspirera toujours plus de personnes à nous rejoindre pour qu’un jour, la communauté puisse être un vrai moteur du changement aux Antilles Guyane. J’espère aussi que les portes s’ouvriront pour les futurs challenges qui m’attendent et que ce rêve que je berce depuis des années deviendra vite réalité tant en Guadeloupe, qu’en Martinique ou en Guyane.

Quelles sont les forces de Mouv’outremer et si vous deviez les résumer en 3 mots, quels seraient- ils ? 

Energie positive, relations humaines riches, communauté d’acteurs engagés pour un meilleur demain ! Entre nous on s’appelle les «Mouvers», je trouve ça tellement cool et je suis vraiment fière d’appartenir à cette communauté !