Portrait Mouv’Outremer – Guadeloupe: Joséphine Notte, « Mon projet est une auberge de jeunesse éco responsable en Guadeloupe, par les jeunes guadeloupéens et pour les jeunes voyageurs internationaux»

40 porteurs de projets très prometteurs et à impacts visant à accélérer les transitions vers des territoires durables, sur des thématiques très variées répondant aux besoins des territoires, ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à candidatures lancé par l’AFD et le Ministère des Outre-mer. Outremers 360 vous présente l’un de ces porteurs de projets. Après la Guyane et la Martinique, nous partons en Guadeloupe à la découverte du projet de Joséphine Notte qui souhaite installer des auberges de jeunesse éco-responsables.


Bonjour Joséphine, merci d’avoir accepté cette rencontre. Comment vous sentez vous prête à répondre aux questions ?

Je me sens.. comme avant d’entrer sur scène ! Avec le même stress que lorsque l’on doit rentrer sous les projecteurs. J’ai fait beaucoup de danse, et j’ai la même sensation, comme un rush d’adrénaline juste avant que la musique démarre.

Pourquoi cette sensation ?

Mon projet représente beaucoup pour moi, il a, d’une certaine manière, toujours été en moi, c’était mon rêve, et jusqu’à mon entrée dans le parcours Mouv’outremer c’était très rare que j’en parle. On va dire que j’attendais “le bon moment”. C’est la première fois que j’en parle en dehors de la communauté.

Et maintenant êtes-vous prête ?

Oui parce que j’ai envie que ce projet devienne une vraie réalité pour la Guadeloupe. Il est temps de passer à l’action car nous vivons actuellement une période de transition, c’est le moment de faire naître de nouvelles idées et de prendre des orientations nouvelles.

Joséphine, comment vous présenteriez-vous ? Comment aimeriez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous caractérise ?

Je me définis comme une passionnée de développements de projets qui ont un impact positif sur les territoires. J’ai commencé mon cursus avec un double diplôme en langues étrangères appliquées, traduction, interprétation et communication interculturelle. C’est au cours de mon apprentissage des langues (anglais et italien) que j’ai commencé à voyager. L’immersion dans une culture, c’est la meilleure façon d’apprendre une langue ! Vite, j’ai attrapé le virus du  voyage et je me suis retrouvée à alterner études, voyages et expériences professionnelles.

Cette diversité d’expériences m’a beaucoup appris et m’a donné envie de me spécialiser en  tourisme. J’ai donc réalisé une maîtrise en « Développement du tourisme » à l’Université du Québec à Montréal en choisissant de me spécialiser sur le tourisme insulaire et stratégie des destinations. Les îles sont en effet des territoires fabuleux mais également plus vulnérables etavec une activité touristique forte. Il est fondamental, pour garantir la durabilité de ces territoires, de penser à un développement et à un aménagement adapté.

La Guadeloupe c’est mon île de cœur, il était donc évident que je me spécialise sur ses dynamiques avec un mémoire “Le potentiel de la destination Guadeloupe à se développer sur le marché international”. Je vois la Guadeloupe comme un territoire qui a un potentiel inégalé.
Cela me passionne de réfléchir à des projets ou à des idées qui la mettent en valeur tout en préservant ce qui fait sa richesse.

A la sortie de ma maîtrise, j’ai participé à un projet de coopération Guadeloupe-Québec dans le cadre du Fond Franco-Québécois pour la Coopération décentralisée. En partenariat avec la Communauté d’Agglomération la Riviéra du Levant et de la Chaire du Tourisme à Montréal, nous avons développé des actions pour faire de la Guadeloupe une « Co destination : c’est-à-dire un territoire à l’image des visiteurs et des visités ». Ce projet m’a ramené au pays. J’ai commencé à travailler dans l’hôtellerie et aujourd’hui je suis consultante en communication.

A la découverte de la Valle de Cocora - Colombie
A la découverte de la Valle de Cocora, Colombie © DR

Du coup c’est le bon moment pour nous parler de votre projet. Quel est-il ?

Mon projet est une auberge de jeunesse éco responsable en Guadeloupe : par les jeunes guadeloupéens et pour les jeunes voyageurs internationaux. La Guadeloupe est une destination qui reste authentique et préservée, je pense qu’il est fondamental d’avoir une politique touristique 100% écoresponsable en choisissant de développer des projets plus respectueux de notre environnement, de notre biodiversité, plus inclusif et qui participe avant tout à embellir le quotidien des guadeloupéens.
L’auberge a vocation à être autosuffisante tant en énergie, qu’en alimentation en eau et recyclage de ses déchets. Je suis convaincue qu’aujourd’hui nous avons la connaissance pour créer des hébergements autosuffisants et à faible impact. C’est ce qui m’anime aujourd’hui : montrer qu’il est possible de faire du tourisme tout en préservant et respectant un territoire.

Comment est née cette idée ?

On peut dire qu’il y a deux éléments déclencheurs à ce projet : tout d’abord mon expérience personnelle et surtout mon amour pour mon île. J’ai eu la chance de beaucoup voyager. Asie, Europe, Amérique latine, Polynésie … Je faisais ce qu’on appelle aujourd’hui du slow tourism: une découverte des cultures et territoires en prenant soin de s’impliquer dans la vie locale avec un travail, du bénévolat ou des études.

Tout ce temps j’ai vécu et travaillé dans des auberges de jeunesse, on peut dire que c’est là que je me suis construite en tant qu’adulte, que j’ai commencé à avoir des expériences professionnelles et des responsabilités. Ce sont fondamentalement les auberges qui ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui.

C’est cette opportunité que je veux également donner aux jeunes de Guadeloupe : en participant avec moi au développement et à la pérennité de ce projet j’aimerai leur offrir un complément de formation, une première expérience professionnelle et aussi leur donner envie pourquoi pas d’aller vivre des expériences internationales ! Ce qui est beau dans les auberges c’est l’expérience sociale qui est très riche: on rencontre des gens qui viennent des quatres coins du monde, avec des cultures et histoires différentes et tout le monde cohabite dans la bonne ambiance. Pour moi c’est une belle image de l’humanité.

Pourquoi cet engagement pour les transitions durables et les auberges de jeunesse?

En tant que citoyen, l’engagement durable devrait faire partie de notre quotidien. Si chacun intégrait quelques pratiques plus consciencieuses de leur environnement, nous pourrions plus facilement avancer vers des sociétés plus durables. En Guadeloupe, on vit des situations très contradictoires: d’un côté les coupures d’eau sont un quotidien et on est fortement dépendants de l’importation mais d’un autre on a des conditions favorables pour être autosuffisants: un bon climat, du soleil, une forte biodiversité …C’est donc la raison d’être de mon projet, montrer à travers de l’expérience à l’auberge, qu’il existe des alternatives à la consommation d’aujourd’hui et que ces solutions sont accessibles à tous.

J’aimerai que chaque visiteur puisse rentrer chez soi plus enrichi, avec des pratiques éco-responsables qu’il pourra adapter dans son quotidien. Pour enseigner tout ça, je compte m’appuyer sur le savoir-faire que l’on a en Guadeloupe, en développant des partenariats avec les associations du territoire. Ce sont ces acteurs qui sont l’essence même de la Guadeloupe. En bref, je vois mon auberge comme un grand carrefour de rencontres, chacun partage, échange et reprend son chemin plus enrichi !

Rencontres à Sapa - Vietnam
Joséphine Notre lors de son voyage au Vietnam © DR

Où en êtes vous dans ton projet ? Quels sont les défis que vous rencontrez?

J’ai terminé mon Business plan. Avec la formation, j’ai pris bien le temps de l’enrichir, le challenger, identifier les bonnes parties prenantes et surtout d’avoir un processus de développement bien clair et établi. A présent je suis au stade du passage à l’action: garantir mon lieu d’implantation, trouver des financements et les partenaires qui souhaitent s’engager et me soutenir. Je suis dans l’optique de faire l’auberge “un projet territoire” en adéquation avec son lieu d’implantation. Hors de question d’avancer seule, je veux construire avec la communauté et me développer en harmonie avec leur vision.

Un des plus gros défis actuels, c’est bien sûr la pandémie ! Tout d’abord parce que les investisseurs sont généralement plus frileux, mais aussi parce que le tourisme a pris un gros coup sur nos destinations. La crise du covid est un défi mais aussi une opportunité : Cette situation témoigne que le tourisme, s’il n’est axé que sur de la consommation de masse, et sur les arrivées internationales, il n’est pas viable ! Au contraire, s’il implique des dynamiques et des partenariats forts avec les acteurs locaux, il est plus résilient. C’est cette dynamique que je cherche à créer avec mon projet.

Vous avez identifié le terrain ?

Non pas encore, mais j’ai des pistes ! Dans l’idéal je cherche un grand espace naturel que je pourrais aménager tout en gardant le plus possible l’état naturel du lieu. Une des vocations de l’auberge est avant tout d’offrir un accès et une expérience en nature. Ici la nature est partout, mais pour avoir accès à un logement éco responsable il faut un certain budget. J’aimerai donc pouvoir d’une certaine façon démocratiser les éco hébergements touristiques. Je pense que cela pourrait avoir un impact très positif sur les jeunes et influencer leurs pratiques de consommation ou choix de vie.

Comment est-ce que Mouv’outremer intervient dans tout ca ?

Mouv’outremer est une opportunité fantastique. Tout d’abord, parce que cela m’a permis en répondant à l’appel à projet de tester l’intérêt que le territoire pouvait porter à mon initiative. Il était très important pour moi de valider que ce que je propose va dans le même axe de développement que celui des parties prenantes guadeloupéennes. Ensuite, c’est l’occasion de rencontrer, de créer des liens avec des personnes que je n’aurai sûrement jamais eu la chance de croiser. Nous sommes tous dans la communauté mouv’outremer animés par cette passion et cette volonté forte de faire de demain, un futur meilleur pour nos territoires. Cela donne tellement d’espoir de savoir qu’il existe des gens animés de la sorte ! Une autre force, c’est qu’au sein de la communauté il y a des porteurs, mais aussi des élus, des responsables d’institutions et ensemble on se guide et se conseille pour faire avancer nos projets. Chacun a des savoirs faire différents et ce partage de connaissance nous aide à relever nos défis. On a réalisé une charte de confiance au 1er séminaire. Aujourd’hui elle ne se discute même plus, on a besoin de se voir, de travailler ensemble, on a commencé à prendre notre réalité en main !

On se met à nu, on a un gage de confiance tellement intégré, c’est fondamental, alors que nous venons de tous horizons. Quelle chance de pouvoir échanger avec eux pleinement. Certains m’ont coaché, accompagné, ils m’ont trouvé des solutions. C’est une vraie force.

Un ou des apprentissages marquants sur le parcours Mouv’outremer ? Des acquis ?

Le parcours m’a permis d’apprendre un peu plus tous les jours. Tout au long de la formation j’ai pu challenger, perfectionner, réviser mon projet. Je pense qu’à fin janvier il aura gagné en richesse et en maturité. J’ai aussi gagné en confiance et ai pu développer l’expertise d’outils nouveaux. Aujourd’hui quand j’explique le projet en détail j’ai l’impression que les connexions sont multiples entre chaque aspect du projet. Mouv’outremer m’a aidée à créer des liens, à cadrer, et développer un cheminement pensée adapté à la réalité du terrain.

Faire vivre avant tout mon projet dans les 2 prochaines années à venir ! Concernant mouv’outremer, nous avons créé des liens forts, j’espère qu’il se consolideront toujours plus, que nous réussirons à créer une vraie communauté impactante, qui inspirera toujours plus de personnes à nous rejoindre pour qu’un jour, la communauté puisse être un vrai moteur du changement aux Antilles Guyane. J’espère aussi que les portes s’ouvriront pour les futurs challenges qui m’attendent et que ce rêve que je berce depuis des années deviendra vite réalité tant en Guadeloupe, qu’en Martinique ou en Guyane.

Quelles sont les forces de Mouv’outremer et si vous deviez les résumer en 3 mots, quels seraient- ils ? 

Energie positive, relations humaines riches, communauté d’acteurs engagés pour un meilleur demain ! Entre nous on s’appelle les «Mouvers», je trouve ça tellement cool et je suis vraiment fière d’appartenir à cette communauté !

Portrait Mouv’Outremer – Guadeloupe: Sabrina Rémus, créer « un laboratoire des parties prenantes» afin de favoriser la transition durable

40 porteurs de projets très prometteurs et à impacts visant à accélérer les transitions vers des territoires durables, sur des thématiques très variées répondant aux besoins des territoires, ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à candidatures lancé par l’AFD et le Ministère des Outre-mer. Outremers 360 vous présente l’un de ces porteurs de projets. Aujourd’hui, nous allons à la découverte de la Guadeloupéenne Sabrina Remus qui ambitionne de créer un laboratoire à destination des opérateurs économiques et de la population locale en vue de co-construire la transition durable du territoire.


Bonjour Sabrina, tout d’abord merci pour cet entretien, pouvez-vous commencer par nous présenter votre parcours ?

Je suis guadeloupéenne. J’aime plus précisément me définir comme une « enfant du nord grande terre », tout en étant née dans l’hexagone. Alors que les flux migratoires chez les jeunes se font généralement en sens inverse, j’ai rejoint l’archipel avec ma famille à 15 ans. A partir de là, j’ai pris beaucoup de temps pour découvrir la Guadeloupe, l’observer et la comprendre à travers sa population, et ses réalités. Petit à petit elle m’était plus familière. En la découvrant, je me découvrais moi-même.

Je me suis profondément ancrée dans ce territoire, c’est ma base, je l’ai quittée plusieurs fois pour découvrir ce qui se faisait à l’étranger mais jamais très longtemps. Juriste de formation spécialisée en droit des affaires, j’ai suivi un enseignement de qualité à l’Université des Antilles. J’ai débuté ma carrière professionnelle dans la finance et j’y ai passé quelques années. Mais ce n’était pas un projet satisfaisant pour moi ; je voulais être à mon compte… Me lancer et quand l’opportunité s’est présentée, j’ai sauté le pas…. Cela fait environ 10 ans que je vis les joies et les aléas de l’entreprenariat. Etre entrepreneure c’est être flexible, résiliente. Cela permet de développer une formidable capacité d’adaptation et d’anticipation.

L’an dernier, j’ai décidé de compléter ma formation. Major de ma promotion, j’ai obtenu avec succès mon Master 2 en droit des affaires. Durant cette année, j’ai particulièrement travaillé la question des enjeux environnementaux dans un secteur spécifique, celui des transports aériens. J’ai ainsi saisi l’ampleur des défis que la cause climatique soulève et la nécessité de faire évoluer le droit. Cela m’a décidé à m’engager un peu plus et à contribuer à la recherche sur la thématique écologique en droit. Je vais donc poursuivre dans le cadre d’un doctorat sur les transitions durables et le monde des affaires en Guadeloupe.

Le sujet des transitions durables est un sujet important pour vous ?

L’expression « transition durable » est largement employée de nos jours et pour certaines personnes elle renvoie à l’image d’un sac fourre-tout. Bien sûr, Il y a des exemples évidents qui participent à la mise en œuvre de cette transition et qui sont maintenant mieux compris de tous. C’est le cas de la gestion des déchets ou de la transition énergétique. Mais le terme « transition » nous renvoie à un constat : Il est impératif que nous changions de modèle, dans certains cas que nous changions d’échelle. L’être humain et son modèle de développement actuel, ne peuvent pas perdurer. Il y a trop d’indicateurs qui nous indiquent l’urgence de changer de direction (je pense à la surexploitation des ressources, la destruction des écosystèmes et le non-respect des droits humains, d’accès à la santé, à un environnement sain, à un climat stable…). La transition m’évoque l’idée d’un mouvement… qui est d’abord impulsé puis doit se généraliser. En effet, on observe une dynamique, issue d’une prise de conscience mondiale, généralement projetée par le haut avec de grands accords internationaux (type COP 21 et Accord de Paris). Puis ces accords se traduisent au niveau national par des politiques et stratégies à mettre en œuvre. Cette transition est ensuite animée par des acteurs économiques publics et privés à l’échelle choisie (locale, régionale, nationale, internationale). Il y a un véritable transfert des engagements en faveur d’une société durable aux acteurs locaux. Je considère que les 40 participants de Mouv’outremer, sont parmi les animateurs de cette transition à l’échelle locale. Nous portons des projets qui doivent mener nos territoires vers une autre voie.

Qu’est-ce que cela implique pour vous ?

Plus clairement, ma définition de ce qui est durable renvoie à ce qui est adapté et soutenable par un territoire, sa population et son environnement. Chaque décision prise doit venir conforter un projet de société qui réduit les effets négatifs sur un plan social et environnemental, en privilégiant le bien commun. Une société inclusive reconnaît et prend en compte les enjeux de toutes les parties prenantes et leur donne des moyens d’expression.
En réalité, la voie de la transition durable est une opportunité dont nous devons tous nous saisir, car elle nous conduira à un développement endogène, c’est-à-dire conforme aux spécificités locales. Et pour cela il faut inclure toutes les parties prenantes.

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Quel est donc le projet pour les transitions durables que vous portez ?

Une profonde réflexion sur la transition dans un territoire insulaire comme la Guadeloupe y a fait germer en moi l’idée d’un « laboratoire des parties prenantes ». Puisque la transition est l’affaire de tous, chacun est une partie prenante qui mérite d’être impliqué à son niveau ainsi que d’être doté des moyens pour le faire.

L’idée de départ est que les collectivités publiques ou les entreprises doivent réorienter leurs stratégies sur le territoire, afin qu’elles soient plus inclusives et plus durables. Or bien souvent, les décisions sont conçues en comité réduit excluant généralement une partie prenante essentielle, le citoyen. Une fois mis en œuvre, les projets peuvent sembler incomplets ou inappropriés aux yeux des communautés locales, justement par manque d’inclusion. Cette situation renforce les inégalités et un sentiment d’injustice au sein des populations locales. Cela est source de conflits et peut créer une véritable fractureau sein de la Société. Dans les Outre-mer, il y a un exemple marquant auquel je pense, celui de la Montagne d’Or, en Guyane. Cet exemple nous montre qu’autour de l’exploitation et/ou de la préservation des ressources naturelles, il y a des intérêts divergents qu’il faut concilier pour tendre vers un intérêt général.

Le projet consiste donc à créer un espace, un laboratoire conçu comme un trait de liaison entre parties prenantes où l’on puisse créer des outils de concertation sur mesure, les expérimenter, les mettre à disposition et les animer pour des collectivités et des entreprises de bonne volonté dans cette démarche participative et d’interaction avec le citoyen.

Comment éviter la conflictualité dont vous parliez ?

Il existe des moyens innovants pour comprendre les enjeux d’une communauté locale, faire valoir ses intérêts et réduire les effets négatifs des activités, décisions et actes qui l’affectent.

L’objet du laboratoire est de développer et mettre en œuvre des méthodologies ou des outils qui favorisent la participation de l’ensemble des intérêts aux processus de décision. Ces méthodologies relèvent notamment de la consultation, de la concertation et des démarches participatives citoyennes. Je le vois comme un laboratoire car il n’y a pas de solutions toutes prêtes ! Il faut challenger, essayer, expérimenter, collaborer et construire ensemble… Prendre en compte l’impact de mon action sur l’autre m’oblige à entrer dans une démarche qui consiste à entamer un dialogue avec lui. Cela n’est pas une chose aisée. Cela se construit.

La démarche du laboratoire vise aussi à inclure un grand nombre de membres de la communauté. Elle favorise la diversité des voix et augmente la visibilité des communautés qui peuvent être marginalisées ou rendues invisibles. Pour les entreprises, ce projet intervient plus précisément dans le champ de leur responsabilité sociale et environnementale.

Pourquoi votre engagement pour les transitions durables, qu’est-ce qui vous tient à cœur ?

Je vis au quotidien l’insularité de mon territoire et sa vulnérabilité. En cas de force majeure, grève, séisme, ouragan, nous ne pouvons compter que sur nous-même. Le dérèglement climatique impacte fortement la Guadeloupe, Je vis aussi les sécheresses extrêmes, l’érosion côtière et tous les autres changements physiques que connaît la Guadeloupe! Nous sommes sur un petit territoire qui a plusieurs défis à relever. Notre insularité nous rend plus vulnérables que les autres. Nous sommes particulièrement exposés. Sur un plan économique, nous dépendons de l’importation. Sur un plan social, nous pâtissons d’une croissance démographique négative et sur le plan environnemental, nous avons des problématiques majeures à traiter. Comme je l’ai exprimé, plus que jamais, tout acte posé, toutes décisions prises comptent pour l’avenir de chacun et le bien commun. Qui plus est, le réchauffement climatique ne nous donne pas le droit à l’erreur, c’est un facteur d’amplification des risques auxquels nous sommes déjà exposés. Mais j’ai confiance, car en Guadeloupe, comme ailleurs dans la Caraïbe, nous avons développé un super pouvoir : la résilience, qui est notre très grande capacité à surmonter les obstacles et à nous re-mettre en mouvement. Il nous faut donc activer ce super pouvoir et le renforcer en recourant plus souvent à une intelligence collective. Elle repose sur la reconnaissance en chacun de nous, d’un savoir, d’une expérience profitable au bien commun. C’est de cette façon que nous pourrons construire une Guadeloupe plus inclusive. Pour résumer cette idée je pourrais citer l’anthropologue Charles Gardou: « L’idée de société inclusive implique une intelligence collective de la vulnérabilité, conçue comme un défi humain et social à relever solidairement ».

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Quels sont les défis que vous rencontrez et de quelle façon Mouv’outremer vous a aidé à y répondre ?

Ce sont les défis que tous les porteurs de projet rencontrent. Il faut pouvoir se dégager du temps, se consacrer au projet. Il faut trouver des ressources humaines et financières. Et la vie ne s’arrête pas. Au quotidien, il faut tout mener de front et ne pas se décourager. Sur ce point, je peux dire que la formation Mouv’outremer m’a offert un environnement propice au développement de mon projet. Je ne dirais pas qu’elle agit comme un incubateur, car elle reste d’une durée courte, tout en étant ponctuée de temps forts en présentiel. Par contre, je la vois comme un réacteur propulseur. Cela tient au fait qu’elle est conçue sur un mode pratique que je décrirais en ces termes, réflexion – action – réaction. On est poussé à avancer, à challenger ses idées, à modifier son approche. J’ai parfois eu l’impression de littéralement me mettre la tête à l’envers pour envisager les choses sous un angle nouveau ! C’est assez efficace et avec du recul, c’est ce que la transition durable nous demande.

Mouv’outremer m’a permis d’extraire l’essence même de mon projet. Ensuite je me sens portée par la communauté des 40 porteurs de projets de cette formation. Nous sommes de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique. Eloignés géographiquement mais nos projets entrent en résonance et se font écho. Il y a une véritable synergie entre nous, chacun est une mine de ressources et de compétences à lui-même, mise à la disposition des autres. C’est précieux, et je vis une formidable expérience à leurs côtés et je les en remercie.

Pouvez-vous nous donner 3 choses que vous retenez du parcours ?

Il y a d’abord, le 1 er temps en présentiel en Martinique, qui a pour moi officialiser la formation et qui a donné naissance à cette communauté. Des liens se sont créés.

Je me suis aussi fortement imprégnée des deux visites sur site, notamment la rencontre organisée avec l’association « Lasoté » à Fond Saint Denis en Martinique. Le terme « Lasoté », est celui d’une tradition ancestrale de travail de la terre que l’on retrouve dans les mornes pitons de Martinique. En réalité la pratique « Lasoté » n’est pas isolée car elle existe sous d’autres noms dans les autres régions de la Martinique, mais aussi en Guadeloupe. Ce qui rassemble ces pratiques sont des valeurs communes, d’entraide, de solidarité et donc d’inclusion de l’homme dans un groupe, dans un même espace et dans un même temps. Cela a participé à lutter contre la vulnérabilité de ces sociétés, qui disposaient de bien moins de moyens que nous en avons aujourd’hui. Cela m’a amené à repenser mon projet, j’ai replacé l’humain au cœur de ma dynamique., comme acteur du changement d’un modèle d’organisation sociale.

Ensuite, je retiens la communauté, ce réseau sur lequel je peux m’appuyer et qui parle le même langage que moi, en tout cas qui est mû par le même élan. Enfin la flexibilité de la formation et des formateurs/facilitateurs, comme ils se désignent eux-mêmes. Ils n’hésitent pas à opérer des ajustements ou à ajouter des éléments en fonction des besoins que nous exprimons.

Quels sont vos espoirs pour la suite ?

Nous sommes des dizaines de porteurs de projets, ils ne vont pas tous aboutir au même moment. Bien sûr tout dépend de la taille du projet et de son niveau de maturité mais je souhaite que le moment venu, ils rencontrent tous l’adhésion et le soutien des collectivités et des financeurs. Ils ont fait l’objet d’une présélection, cadrent avec la trajectoire définie pour les Outre-mer. Ils sont donc plus que légitimes et méritent d’aboutir.
La dernière phase de la formation doit amener au prototypage, et à parfaire un business model. J’en attends beaucoup, c’est une étape cruciale qui doit nous permettre d’amener le projet en phase test, démontrer sa faisabilité et convaincre nos futurs interlocuteurs.

Portrait Mouv’Outremer- Martinique: Annick Comier, Adapter la pratique ancestrale du « Lasoté » à une gouvernance politique.

40 porteurs de projets très prometteurs et à impacts visant à accélérer les transitions vers des territoires durables, sur des thématiques très variées répondant aux besoins des territoires, ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à candidatures lancé par l’AFD et le Ministère des Outre-mer. Outremers 360 vous présente l’un de ces porteurs de projets: Annick Comier, maire de la commune rurale de Fonds Saint Denis à la Martinique ambitionne de dévélopper des actions citoyennes dans sa commune en s’appuyant sur la pratique du « Lasoté ».

Pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours ?

Je suis Maire de la commune de Fonds St Denis, commune de 730 habitants, rurale de surcroit, avec une végétation riche, abondante, exubérante. C’est l’un des poumons verts de la Martinique. C’est une commune à vocation agricole. Ma prise de poste est très récente. J’ai été élue le 15 mars 2020. Avec la phase de transition liée au 1er confinement, ma prise de fonction effective a été le 23 mai 2020. Je suis agent de la fonction publique territoriale, auprès de la Collectivité Territoriale de Martinique. Mes domaines d’expertise : le développement local, une bonne connaissance du tissu agricole et du développement agricole en Martinique. Ce dernier est un sujet passionnant mais quelque peu frustrant car en Martinique, la question du développement agricole est un sujet quidevrait être plus considéré qu’il ne l’est. Ce qui m’a amené à la politique: il y a 2 ans, j’ai été interpellée par des administrés sous la forme « pourquoi ne pas.. », à ce moment-là je n’ai pas bougé. Mais en 2019, j’ai à nouveau été interpellée par une nouvelle administrée, ce qui m’a décidé, car la demande est venue de la population de mener une action politique pour la commune. Je suis originaire de Fonds de St Denis, j’y ai vécu toute ma vie. Du haut de mes 49 ans, je n’ai laissé la commune que 4 années, le temps de faire mes études supérieures en Hexagone mais tout le reste de mon parcours scolaire/ étudiant en Martinique.

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Qu’est-ce qui vous a donné envie de postuler de vous inscrire à la formation Mouv’outremer ?

Je suis de formation agricole, j’ai eu aussi à faire une formation en ingénieure du développement de territoire, du coup les missions de l’AFD en Afrique méditerranéenne je les connais. Le contenu de la formation correspondait à notre programme politique. Il y avait une réelle cohérence avec les actions que nous prévoyons au sein du programme

Quel est le projet que vous allez déployer avec le dispositif Mouv’outremer ?

Mon projet initial était la valorisation des terres incultes. L’idée était d’accompagner les populations sur l’exploitation des terres incultes et leur partage car ces terres sont souvent en indivision. Il est donc important d’accompagner la population sur ces questions, de la former, de faire en sorte que les décisions soient prises ensemble et servent au plus grand nombre. Avec à l’issue du processus une valorisation des terrains soit par la mise en location des terrains, soit par une exploitation agricole ou simplement de l’entretien de parcelles et de la récolte de fruit, ou la mise en place de sentiers de randonnée. C’était mon objectif de départ. Mais petit à petit, je me suis rendue compte qu’il ne fallait pas mettre la charrue avant les bœufs et qu’il y a d’autres étapes importantes à mettre en place pour arriver à cela. Avant de travailler sur des actions aussi concrètes, engageantes et complexes que l’indivision, il faut déjà avoir mis en place un système de gouvernance partagée solide et ancré, installer une dynamique collective pour ensuite mettre en œuvre les projets. Pour y arriver, il faut impulser une dynamique citoyenne, que la population considère la commune comme la sienne, qu’elle se l’approprie, qu’elle se sente actrice de son territoire. C’est d’ailleurs une action que j’ai impulsée pendant ma campagne pour les élections et c’est l’une des raisons pour lesquelles je mesuis impliquée en politique. J’étais agacée par les discours politiques habituels qui font croire aux populations qu’elles sont dépendantes des actions publiques.

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Mon projet in fine n’a donc pas changé, mais j’ai recentré mes priorités. Mon objectif aujourd’hui, avant de travailler sur le contenu des projets, est de faire de l’action citoyenne : expliquer ce qu’est une collectivité, un conseil municipal, les différents champs de compétences etc pour contribuer à cette appropriation. Par quoi est-ce que ça passe ? Ca passe par des réunions publiques, unecommunication régulière (flyers, bulletins municipaux, affichages), via des consultations publiques également pour que les décisions ne soient pas prises uniquement par le conseil. Cette actioncitoyenne ne se limitera pas uniquement à de la consultation mais suscitera une vraie implication de la population dans le développement du territoire.

Pour Mouv’outremer, je vais un peu plus loin pour dérouler et construire mon projet de sortie de formation. Je garde le même cadre d’action citoyenne, mais je centre encore plus mon action, enprenant comme angle d’approche une pratique ancestrale, le « Lasotè », qui se traduit par « coup de main, en entraide ». Je veux réactiver, adapter et appliquer cette pratique à une gouvernancepolitique. Aujourd’hui les ressources de la collectivité vont en diminuant tandis que les besoins vont en augmentant. Notre objectif à travers cette pratique ancestrale, est d’en faire un cadre, un outil de réappropriation de la commune, du territoire par ses habitants et faire en sorte que la population devienne acteur des décisions prises au niveau de la commune, ainsi qu’acteur du développement de la commune. En faisant attention toutefois à l’équilibre décisionnel, la décision finale appartenant tout de même au Conseil Municipal.

Comment est-ce que vous reliez cela aux objectifs de Mouv’outremer sur le développement durable?

De deux façons différentes. A travers ce projet il s’agit selon moi de permettre à une commune d’être résiliente, de faire face à ses difficultés, donc ses vulnérabilités, et notamment la baisse desressources, la gestion des collectivités, la gestion des risques. En renforçant le collectif et la conscience du collectif en terme de responsabilités partagées on s’appuie sur les forces vives et on permet une meilleure action et une meilleure résilience. Cela rejoint le « zéro vulnérabilité et le zéro exclusion » du dispositif. Par ailleurs les projets qui seront menés à travers cette dynamique, comme
celui de la valorisation des terres incultes, l’agriculture ou la mise en place de sentiers de randonnée verts s’inscrivent directement dans la valorisation du patrimoine et la protection de l’environnement.

Qu’est-ce que qui vous a amené à prendre conscience qu’il fallait réorienter ou prioriser différemment la construction de votre projet ?

Cela s’est fait à travers les supports et les contenus de cette première partie de formation, notamment sur les ODD et la structuration de projet que l’on a eu. C’est également aussi l’exemple d’une autre collectivité qui est dans la même dynamique citoyenne. Leur dynamique citoyenne n’est cependant pas aussi poussée que celle que je souhaite mettre en œuvre. Ils ont plus de moyens financiers que nous (notre dotation annuelle de fonctionnement est limitée), donc notre marge de manœuvre est faible en termes de trésorerie. Il est impératif pour nous de trouver des ressources ailleurs. Partant de là, la dynamique citoyenne est une nécessité pour nous : on peut mobiliser la population sur des actions bien précises comme remettre en place la pépinière de la commune, octroyer des espaces à aménager à la population, en lien avec les ODD. Pendant le 1 er séminaire présentiel de Mouv’outremer, le groupe a fait une visite terrain dans notre commune, ils ont pu assister au labour collectif d’une parcelle en vue de la mise en place de culture. Par le passé cette notion d’entraide autour du Lasotè faisait partie prenante du fonctionnement de la communauté. Par exemple, la population se regroupait l’après-midi et si l’un d’entre eux avait une parcelle à labourer, les voisins venaient l’aider puis c’était le tour de quelqu’un d’autre. La pénibilité de la tâche était réduite du fait du collectif pour mener une action bien précise.

La problématique de main-d’œuvre à recruter ne se posait pas car la valeur travail était partagée au sein de la population. C’est ainsi que se sont développées le principe des tontines pour les funérailles: toute la communauté s’associe pour financer des funérailles décentes. Ces tontines aujourd’hui se sont transformées et sont devenues des mutuelles décès.
Maintenant, concernant ces actions à mener avec la population, je me pose encore un certain nombre de questions : jusqu’où il est possible d’aller dans la démarche ? Mobiliser la population pour
les décorations de Noel dans la commune pourrait être un moyen de compenser le manque de fonds de la commune, en plus du faire ensemble. Mais il y a quand même un risque : comment intégrer tout cela dans le patrimoine de la commune si cela a été donné à la commune ?

Qu’est-ce que vous attendez de la formation pour accomplir tout cela ?

La formation m’a aidé à prendre conscience et à identifier les limites. Savoir jusqu’où aller dans cette démarche : obligations légales, données juridiques, responsabilités… J’ai réalisé que toutes cesquestions sont à étudier et envisager. La formation, à travers les échanges avec les uns et les autres, m’a apporté un regard extérieur. La visite terrain dans ma commune et une mini conférence animéepar mon adjoint notamment a permis des échanges fructueux qui sont venus enrichir notre projet.
Ce regard extérieur a permis de nouvelles idées, fait émerger de nouvelles possibilités et m’a donné envie d’approfondir d’autres aspects non envisagés jusqu’alors sur le projet. Jusque-là pour moi tout était possible et je n’avais pas pensé aux limites. L’implication de la population dans la gouvernance se limitait à des communications, partant du principe par ailleurs que tout administré doit savoir ce qui se passe dans la commune. J’ai pris conscience qu’il y avait des limites à prendre en compte, autant sur les informations à partager que sur les modes d’animation ou la capacité des uns et des autres à intégrer la dynamique.

Le contenu pédagogique de la formation est également une source d’enrichissement. C’est le contenu sur les ODD qui me nourrit en ce moment, je récolte des informations qui me permettent
d’amender le projet. Une fois compilées, il faudra redéfinir et creuser des axes d’intervention. La formation m’a permis par ailleurs de structurer et questionner de façon intéressante mon projet et mon approche et de réorganiser l’information en ma possession et les actions qui en découlent.

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Quelles seraient tes prochaines étapes ? Tes prochains défis ?

Compiler les informations, les organiser , pour avoir une meilleure vision sur la façon de mener le projet ; je sais où je veux arriver et d’où je pars mais je dois définir le contenu entre les deux. Le 2 ème séminaire devrait m’apporter des outils intéressants.

J’aimerais sortir de la formation avec un livrable, un projet, une solution d’accompagnement pour la collectivité. J’attends de la formation qu’elle m’aide à formaliser tout cela, à rédiger un projet complet. J’ai pu rencontrer d’autres acteurs de l’AFD Martinique, et on a pu discuter de synergies possibles, l’un des projets de l’agence locale étant d’accompagner les collectivités dans la mise en place de nouveaux modèles de développement. L’une des participantes de Mouv’outremer, formée sur la démocratie participative, nous a donné des éléments de compréhension vraiment utile, et une séance de travail est prévue avec elle. La communauté, avec tous les porteurs de projet est vraiment riche. Le gros apport de la communauté c’est la mise en réseau.

Ton rôle, ton impact au sein de cette communauté ?

La visite terrain et ce que j’ai pu partager de ma vision a eu un impact fort auprès des autres porteurs de projet. Certains m’ont dit que cela leur redonnait espoir sur une gouvernance politique différente,que cela amenait un message différent, avec plus d’espoir. Du coup aujourd’hui, certains se posent la question d’une autre politique et de leur engagement. Aujourd’hui ils se posent la question : « qu’est–ce que je peux faire moi, en tant qu’acteur des transitions durables pour participer à la vie politique et faire en sorte que ça change ? » et ceci à leur niveau, dans leur commune. Nombreux sont ceux qui vont avoir envie d’agir en se demandant comment agir. On a tous une vision sur le développement durable mais on ne s’implique pas pour autant pour se faire entendre. Cela vient rejoindre les objectifs de Mouv’outremer : faire en sorte que l’on puisse avancer dans un monde meilleur, avec un respect pour l’humain, en mettant l’humain au centre de toute chose !

Portrait Mouv’Outremer- Guyane: Brice Epailly, « Notre projet, le Centre International des Bioressources Amazoniennes se propose de conserver, multiplier, et valoriser les bioressources amazoniennes».

40 porteurs de projets très prometteurs et à impacts visant à accélérer les transitions vers des territoires durables, sur des thématiques très variées répondant aux besoins des territoires, ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à candidatures lancé par l’AFD et le Ministère des Outre-mer. Outremers 360 vous présente l’un de ces porteurs de projets: Brice Epailly, un ingénieur agronome guyanais qui projette de mettre en place un Centre International des Bioressources Amazoniennes, une plateforme multi-sites visant à « conserver, multiplier, et valoriser les bioressources amazoniennes».


Pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours ?

Je suis consultant en ingénierie environnementale, Ingénieur agronome de formation, je développe des projets de développement durable en Guyane depuis 2016 avec NovAmazone, Bureau d’étude que j’ai fondé. Né en Guyane, après avoir obtenu mon baccalauréat Scientifique au Lycée Léon Gontran Damas à Remire-Montjoly, j’ai poursuivi mes études en obtenant un BTSA en production agricole LEGTA Federico Garcia Lorca à Perpignan. J’ai ensuite complété avec succès le parcours d’ingénieur agronome de l’Institut national d’Horticulture et de Paysage à Angers. Diplôme à la suite duquel j’ai décidé de revenir en Guyane avec la motivation de contribuer à son développement socio-économique.

Qu’est-ce qui vous a motivé à postuler à Mouv’outremer? Qu’attendez-vous de cette formation ?

Je suis convaincu de l’impact positif qu’un projet comme le mien peut avoir sur le territoire de la Guyane, son caractère innovant et inédit nécessitait pour moi de le confronter à d’autres projets d’envergure afin de l’optimiser pour maximiser ses retombées pour la Guyane et peut-être rayonner sur les autres département d’Outre-mer. La reconnaissance de mon projet dans un parcours organisé par les acteurs institutionnels de premier plan que sont le Ministère de l’outre-mer et l’AFD, était pour moi une opportunité à saisir afin de mettre en avant mon projet et confirmer son adéquation avec les politiques publiques actuelles. C’est également une formidable opportunité d’étendre mon réseau professionnel par les liens créés avec des experts des autres DOM dans des domaines d’activités variées et en lien avec la transition écologique.

En quoi consiste votre projet ?

La forêt Amazonienne est dotée d’un génie infini qui a été développé et entretenu sur plusieurs millénaires par ses habitants dans un bénéfice mutuel, il est donc important de perpétuer cet héritage pour répondre aux défis de demain. Notre projet, le CIBA, Centre International des Bioressources Amazoniennes se propose de conserver, multiplier, et valoriser les bioressources amazoniennes. En établissant une passerelle entre les acteurs de la recherche et le monde économique, le CIBA adopte une démarche de capitalisation des connaissances et des savoirs acquis qui sont ensuite rendus accessibles au plus grand nombre. Ainsi l’intérêt de la population pour son patrimoine naturel est stimulé, et elle en devient la première gardienne. Situé à Montsinéry-Tonnegrande (à 30 minutes de Cayenne), il se présentera sous la forme d’une plateforme multi-pôle comprenant notamment :
– Arboretum et Serres de conservation,
– Parcelles agroforestières de productions spécialisées
– Pépinières et espaces de ventes
– Ateliers de valorisation éco-industriels
– Laboratoire de Recherche et Développement
– Maison des savoirs
– Centre de production audiovisuel
– Ecolodge
– Boutique spécialisée dédiée

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© Merwen

Plus qu’un projet, c’est déjà une réalité qui a commencé avant la formation par une première phase de démonstration démarrée en 2016 avec la création d’une filiale agricole qui a commencé le développement d’itinéraires agroforestiers. Sur notre premier site de 68 ha nous avions démarré nos essais avec la mise en culture d’une quinzaine d’espèces végétales que j’avais identifié avec un fort potentiel de valorisation. L’objectif de cette première phase était de pouvoir tester des associations de cultures et différents types de travaux du sol et amendement pour vérifier leur adéquation avec le terrain naturel d’implantation du projet. En Mars 2018 avec l’institut de la formation continue de l’Université de Guyane nous avons co-organisé la venue du Dr. Godfrey Nzamujo, fondateur des centres Songhaï au Bénin, dans la continuité du cycle de conférence qu’il a donné en Guyane nous avions organisé une journée d’échange sur notre site ouvert pour l’occasion au grand public et aux agriculteurs pour échanger sur les pratiques agroécologiques. La reconnaissance du travail accompli et les encouragements reçus par le Professeur Nzamujo qui est une de mes sources d’inspiration m’a conforté dans l’idée de poursuivre ce projet malgré les difficultés que je pouvais rencontrer à ce moment-là.

Notre expertise et volonté d’agir étant maintenant reconnues, fin 2019, nous sommes passés à une nouvelle phase avec la sélection de notre site pour accueillir une expérimentation du CIRAD sur le comportement en condition de mise en culture d’une sélection de cacaoyers endémiques de Guyane dit « Guiana ». Cet essai fait partie d’un programme plus large porté par le CIRAD visant la capacitation et l’émergence de la filière Cacao Guiana de Guyane (C2G2), piloté par la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) et financé sur des fonds FEADER. Nous avons intégré cet essai à une nouvelle parcelle agroforestière développée sur la base de nos premiers retours d’expérience, elle intègre sur une surface de 15 000m2 une combinaison d’espèces pouvant être valorisées pour des usages alimentaires, aromatiques, médicinales, cosmétiques ou qui contribue à rendre des services aux autres plantes installées.

La démonstration de la faisabilité technique des processus de production de ces matières premières biosourcées est maintenant acquise, il nous faut passer à une phase d’accélération pour répliquer notre démonstration à une échelle intermédiaire pour développer une production de base permettant une rentabilité des unités de valorisation éco-industrielles pilotes qui seront installées.

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Sur quelles problématiques d’objectifs de développement durable repose votre projet ?

Mon projet se trouve au carrefour des différentes filières économiques majeures pour le développement d’un territoire que sont l’agriculture, la forêt, la production d’énergie. Il s’insère naturellement dans le dispositif Mouv’outremer et les 5 grands ODD retenus comme champs d’application pour la mise en œuvre des projets car en effet il contribue aux objectifs de :

– Zéro Carbone, par le développement d’itinéraires techniques de mise en valeur agricole optimisée dans la gestion du carbone et notamment en favorisant les solutions visant l’augmentation du pouvoir de séquestration du carbone par le sol et les plantes. Il contribue également à la reforestation et à la réhabilitation d’habitats naturels dégradés par l’activité d’une ancienne exploitation agricole.

– Zéro Déchet, par le fait de développer un modèle économique basé sur une économie circulaire locale. En réunissant l’ensemble des processus de production et de valorisation sur un même site nous réduisons la production de déchets. De même nous adopterons pour les produits à
commercialiser des éco-emballages recyclables ou compostables.

– Zero polluant, par l’adoption d’un principe fondateur d’utilisation de O produits phytosanitaires de synthèse sur nos cultures, une gestion de la fertilisation organique et minérale raisonnée.

– Zero exclusion, par le souhait de développer des services de formation contribuant à l’insertion professionnelle de personnes éloignées du monde de l’emploi. De même l’ensemble des activités développées favorise les échanges entre les générations et les classes sociales par la valorisation du patrimoine culturel amazonien, socle de notre identité et condition d’un bien vivre ensemble.

– Zero vulnérabilité, par sa démarche globale qui vise à développer des solutions qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique, à titre d’exemple nous avons contractualisé des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) depuis le démarrage de notre activité. Aujourd’hui nous en sommes à plus de 4 Km de ripisylves que nous nous engageons à préserver pour la rivière qui borde nos sites et les criques qui les parcourent.

Je suis également sensible à l’appel du Président de la République d’ajouter un sixième 0 qui est celui du 0 déni de responsabilité, il est donc le bienvenu en Guyane pour constater qu’à titre personnel je prends ma part de responsabilités et que je continuerais de les prendre car je souhaite offrir un avenir dans un monde soutenable à ma famille et plus largement aux habitants de notre territoire. Le défi d’atteindre les objectifs du développement durable fixé par l’ONU relève bien de notre responsabilité collective et nul ne doit s’en exonérer.

Quels sont les défis que vous rencontrez aujourd’hui et de quelle manière la formation vous aide à y répondre ?

Le principal défi est d’ordre organisationnel et financier, au delà des levées de fonds à obtenir pour la mise en oeuvre du projet, il y a un travail préalable pour finaliser la stratégie de développement du projet (étude techniques, études de marchés, business plan consolidé) qui nécessite un volume d’ingénierie conséquent que j’autofinance seul pour l’instant et qui me limite dans l’accélération de la mise en route du projet. Il faudrait que je puisse faire appel à d’autres prestataires (ingénieurs, architectes, financiers, juristes, marketing manager). Idéalement , que je puisse me rémunérer sur le développement de mon propre projet (esprit de la Start up qui réalise une levée de fond pour poursuivre son développement avant de rentrer en phase de production) car il nécessite théoriquement 100% de mon attention pour passer à l’action véritablement. Une des solutions serait de trouver des business angels ou attribuer des participations à une société de capital risque tout en ayant recours à l’emprunt.

La formation m’aide à répondre à ces défis dans la mesure où mon projet gagne en visibilité vis-à-vis des potentiels financeurs. Elle participe également au développement de mes compétences personnelles, c’est peut être là, le plus important de se former soi-même avant de vouloir faire changer les autres. La transition écologique est un sujet sérieux qui implique de bouleverser des habitudes auprès de millions de personnes. Avec l’émergence de « leaders du changement», les territoires ultramarins peuvent en être une formidable vitrine sur le monde de la transition écologique puisque présents sur tous les océans. Parmi nous certains ont un «leadership naturel» dans leur domaine d’activité et de compétences néanmoins nous avons chacun encore à apprendre des uns et des autres et sur nous même pour passer à l’action durablement.

Sur le volet organisationnel, le fait de pouvoir découvrir de nouveaux outils et méthodes de travail me permet également d’adapter ma façon de travailler et d’améliorer mon fonctionnement interne.
Mais on ne va pas se mentir, un projet comme celui-là par son ampleur nécessite maintenant de pouvoir recruter une équipe projet dédiée à sa mise en œuvre. J’ai déjà une partie de mon équipe opérationnelle qui est en Guyane, d’autres sont encore en formation et je les conseille justement dans leurs orientations. La matière grise doit se rémunérer à sa juste valeur, le volet financier reste donc le principal défi. La Guyane est une terre de talents et je compte bien mettre tout en œuvre pour réussir à capter ceux qui s’inscrivent dans la dynamique. L’urgence climatique, sociale et économique est là, nous sommes condamnés à réussir !

Nous sommes presque à la moitié du parcours de formation. Quelles sont les retombées/apports majeurs du parcours sur votre projet et pour vous personnellement ?

La première retombée est que du fait de ma sélection je peux m’appuyer sur cette étape franchie : quand je présente mon projet à des futurs partenaires et j’ai bien entendu remarqué que l’attention de mes interlocuteurs est de suite retenue lorsque j’annonce le fait d’avoir été retenu dans un concours organisé par le Ministère des Outre-mer et l’AFD. La motivation que j’avais pour le concours m’a poussé à faire réaliser une vidéo de présentation que j’ai ensuite postée sur LinkedIn et en 2 semaines elle est passée à plus de 1900 vues, avec beaucoup de message de soutien et de contacts qui en ont découlé, cela veut dire que les gens attendent de moi quelques choses de dynamique et d’innovant comme le CIBA.

Je compte sur Mouv’Outremer pour jouer ce rôle d’accélérateur de projet que j’attends. Parce qu’en effet il ne faut pas en rester à une énième énumération de nos potentiels, il faut maintenant mobiliser autour de nous les acteurs de la finance, du droit et les institutions pour mettre en place les conditions administratives, juridiques et financières de la réussite de nos projets.

Si je devais résumer en 3 mots le parcours Mouv’Outremer aujourd’hui je dirais : Partage, Entraide, Développement. En effet la communauté Mouv’Outremer représente pour moi une véritable Task force d’experts qui pourrait être mobilisée au service de nos territoires, que ce soit par les collectivités, les administrations ou les privés pour les appuyer dans le développement de leurs projets.

Martinique : Le premier séminaire du dispositif Mouv’outremer mis en place

Cette semaine, à l’hôtel La Batelière, s’est tenu le premier séminaire du dispositif Mouv’outremer. Lancée par le Ministère des Outre-Mer et l’Agence Française de Développement, cette formation-action a pour objectif de faciliter l’accélération des transitions durables dans les territoires d’outre-mer. Ainsi, Mouv’outremer est à la fois un programme d’accompagnement innovant et une communauté d’acteurs engagés.

La première promotion Antilles Guyane réunit 40 porteurs de projets qui ont été sélectionnés parmi 228 candidatures issues de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de St Martin. Les thématiques des projets sélectionnés sont diverses : le développement économique et appui à l’entreprenariat local, l’inclusion sociale et numérique, la lutte contre l’exclusion des personnes en situation de précarité ou fragiles, la protection de l’environnement et l’adaptation au conséquences du changement climatique, habitat durable etc.

Au travers de diverses rencontres avec des experts locaux (visites terrain et table ronde) le premier séminaire a offert aux participants l’opportunité d’affiner leur projet et de développer certaines compétences clés du XXIème. L’objectif de la phase 2 leur permettra de continuer dans ce sens sur le prototypage, le test et le déploiement de leur projet adapté aux enjeux et opportunités locales.

En tant que pionniers et ambassadeurs de Mouv’outremer, les participants ont témoigné de leur engagement dans la suite de la formation mais au-delà, pour partager leurs savoirs et apprentissage au sein de la communauté par la suite.

Interview avec Coraline de Petit Cocotier : “Il faut une diversification des sources pour qu’on puisse gagner plus d’autonomie en Martinique !”

Qui êtes-vous ?

Je suis Coraline Meril, j’ai quitté la Martinique à 20 ans après ma prépa. A la base je suis ingénieure chimiste mais très vite, rester dans un laboratoire ne m’intéressait pas : j’ai donc glissé vers une carrière de commerciale en B2B. Après 8 ans en France, je suis rentrée en Martinique et je me suis reconnectée avec Cédric Colman et André-Judes Cadasse de Petit Cocotier que je connais depuis le lycée. 

En novembre 2019, ils ont été lauréat du concours Innovation Outre-Mer Network et ont remporté le prix de la catégorie “développement durable”.  Ça a marqué un tournant pour l’entreprise. J’ai rejoint l’équipe pour structurer l’existant et voir comment aller plus loin, en termes d’ingénierie de projets. 

C’est quoi Petit Cocotier ? 

C’est au départ une histoire familiale : André-Judes et son frère Sébastien ont repris en 2013 la Prairie, la ferme familiale tenue sur 4 générations d’agriculteurs. Ils cultivent la terre avec des pratiques de permaculture et d’agroforesterie inspirées de nos jardins créoles. En 2015, ils proposent des paniers des produits de la ferme en circuits courts. Il existe désormais plus d’une vingtaine de points relais partout sur l’île; en plus de la livraison à domicile. 

La promesse ? Manger localement, sainement avec du goût et juste du goût. Il y a une moyenne de 200 paniers par semaine, qui vont dans les foyers Martiniquais. Nous proposons également des œufs frais de nos poules qui gambadent en plein air. Nous proposons à nos clients des visites de la ferme afin qu’ils découvrent notre manière de fonctionner et la richesse de nos écosystèmes martiniquais. Cela permet de mieux comprendre les efforts qui se cachent derrière chaque fruit ou légume cultivé. Par exemple, montrer qu’un ananas, ça prend 13 mois à pousser ! 

Quels défis liés à l’alimentation avez-vous identifiés sur le territoire ? 

Les défis de l’alimentation sont principalement liés à l’Histoire de nos îles : plus de 85% de la biodiversité est entre les deux tropiques. La Martinique est un écrin de biodiversité. Pourtant, entre 60 et 70% de ce que les martiniquais consomment est importé. Ça laisse peu de champs au territoire pour s’auto suffire.. Historiquement, la majorité de l’agriculture est liée au sucre de canne et aux bananes vouées à l’exportation. D’après la chambre de l’agriculture, 200 000 tonnes de bananes récoltées par an contre 14 000 tonnes pour la production locale diversifiée. 

Pourtant, ⅔ des Martiniquais veulent consommer local et savoir d’où vient ce qu’ils mangent : mais c’est très difficile. Heureusement il y a des marchés spontanés, qui font partie de notre culture mais il peut y avoir un manque de traçabilité. Sinon c’est la grande surface ! 

Il y a un vrai enjeu autour de l’ accompagnement du Martiniquais sur sa façon de consommer : rassurer sur la consommation locale, la rendre accessible avec le e-commerce et le circuit court, si le digital n’est pas un frein pour eux.

C’est un défi politique, économique et citoyen : il faut une diversification des sources pour qu’on puisse gagner plus d’autonomie.

Quels sont les écueils dans lesquels ne pas tomber ? 

Dans les discours actuels, on entend beaucoup “Il y a eu la monoculture de la banane, c’est la faute des agriculteurs qui ne plantent pas d’autres choses ». En fait, l’agriculteur répond au marché et à une filière bien établie. Les filières monoculturales telles que la banane où la canne sont très bien intégrées dans un système d’aide et de commercialisation à 100%.

Aujourd’hui un agriculteur qui récolte 1 tonne de banane va toucher une aide importante de l’Etat, avec la garantie que toute sa production sera prise en charge; même par un suivi technique. Si un agriculteur fait l’effort de la diversité, l’aide est vraiment moindre et il reste livré à lui-même pour la commercialisation de ses cultures: il va devoir faire les marchés ou trouver un intermédiaire qui fera le marché pour lui. Tout cela est très peu sécurisant, d’autant qu’il y a souvent nos aléas climatiques ( cyclones, sécheresses…) dont il faut tenir compte. 

Aujourd’hui on s’intéresse au bio, aux exigences des consommateurs. On va alors demander à l’agriculteur d’être un commercial, un marketeur, un comptable, sans garantir un retour financier sur ce qu’il plantera. Si demain je fais le choix de planter des goyaves, je dois m’assurer que des clients vont me les acheter sans que je fasse une page internet et beaucoup de communication pour cela. 

L’enjeu côté production est donc de faciliter le quotidien des agriculteurs pour qu’ils se concentrent sur ce qu’ils aiment faire : cultiver nos paysages. 

Quels sont les leviers sur lesquels on peut s’appuyer pour développer une agriculture plus durable ?

Réduire la chaîne entre le consommateur et l’agriculteur en assurant, ce que Sébastien appelle, une transition de garantie. En réduisant la chaîne, nous partageons mieux le risque et comprenons mieux les réalités agricoles afin de mieux garantir à nos agriculteurs une source de revenue fiable.

Nous avons organisé un atelier d’intelligence collective en juillet 2020 en réunissant  des restaurateurs, des agriculteurs  et des consommateurs. Ce qui en est ressorti ? “on veut plus de proximité, plus de transparence, plus de cohérence” . Il y a vraiment un souhait de faire rencontrer consommateurs et agriculteurs. 

Le marketing, adapté à nos spécificités locales pour embarquer plus de monde ; redonner du pouvoir au consommateur à condition qu’il comprenne également la responsabilité qu’il détient au bout de sa fourchette. On utilise notamment le digital pour communiquer et faire passer nos messages. 

La technologie : au-delà de l’e-commerce, le digital peut être un vrai soutien quotidien. Nous souhaitons mettre à disposition des outils d’aide à la décision agricole, pour capter des données qualifiées sur des méthodes adaptées à nos réalités locales. 

Et enfin, faire tout ça avec plaisir ! 

Qu’est ce que vous a apporté la formation Mouv’Outremer ? 

Participer au programme Mouv’Outremer nous a permis de mettre à jour nos connaissances sur le Développement Durable et nous a rassuré sur nos hypothèses. On s’est senti aussi moins seuls. On a directement mis les mains dans le cambouis pour valider des hypothèses sans attendre la solution finale ! Et surtout rencontrer de nouvelles personnes avec la même envie de participer au développement de nos territoires. 

Sur l’idée d’outiller des terrains avec des capteurs: j’ai la sensation que c’est un parti pris à mettre en avant : en parlant avec certains acteurs d’EPCI ou des spécialistes de la biodiversité de guyane, je me suis rendue compte que c’était aussi leur souhait  d’avoir des données qualifiées, des chiffres qui confirment des méthodes d’agriculture. On va  donc lancer notre premier hectare connecté en 2021. Je n’aurais pas pu aller aussi loin sans la formation. 

C’est quoi les prochaines étapes ? 

La 2e partie c’est le POC (Proof of Concept). Il va falloir challenger la cible, le parcours client, nous forcer à prendre le temps de le faire. Au début, on s’est dit :  on va partir avec un gros budget. Avec la formation, on s’est rendu compte que commencer petit, avec un simple groupe whatsapp, permettait de valider nos hypothèses. L’essentiel est d’aller cibler les agriculteurs et solutionner des “pains points”, avec une personne pour animer la communauté. 

Témoignage : Francisca Amorim

Je suis Francisca Amorim, je suis apprenante Mouv’ outremer. Je suis d’origine portugaise et je vis en Guadeloupe depuis 3 ans. J’ai une licence en Sciences de l’Éducation et un Master en Insertion Sociale. En 2018, j’ai co-fondé une association qui s’appelle “Île y a”, autour de la sauvegarde et transmission du Patrimoine Culturel Immatériel. Notre mission ? La sauvegarde et transmission du Patrimoine Culturel Immatériel, les visites sont un de nos projets. Pour cela nous récoltons des témoignages d’aînés et des visites autour de la mémoire de la ville. Nous travaillons aussi avec des jeunes et intervenons dans des collèges. Aujourd’hui, nous souhaitons changer d’échelle.

Quel est votre projet ?

Avec Mouv’Outrem​ er, nous aimerions capitaliser sur l’existant pour créer un plus gros projet : “Île y a Kaz”, dans un Quartier Prioritaire de la Ville de Pointe-à-Pitre. Nous aimerions créer un tiers-lieux, avec comme cœur un incubateur social, pour des projets à impact social et/ou environnemental, envers des personnes en situation de vulnérabilité, mais aussi des activités pour des personnes du quartier et d’ailleurs.

Quels défis vous rencontrez dans le développement de votre projet ?

Le sujet principal est le financement. Nous sommes en train de rencontrer des acteurs pour qu’ils deviennent partenaires, et nous rencontrons beaucoup de gens dans ce sens.

Quelles sont les opportunités que vous avez identifiées et qui nous ont motivé à vous lancer ?

Nous avions également du mal à retrouver les bonnes personnes ressources. Les personnes à qui on parlait du projet pensaient qu’on allait pas réaliser le projet et ne nous recevaient même pas. On connaît ce parcours, c’est une force. A Pointe-à-Pitre, il y a très peu d’investissement entrepreneurial : quand il y a des projets, cette ville n’est pas prioritaire. Nous, on croit aux projets des gens du quartier.

Notre principale motivation c’est qu’avec les membres de l’association, nous nous adressons à nous-même, il y a 3 ans lors de la création de l’association : des jeunes au chômage qui ont plein d’énergie et veulent changer les choses. Nous aimerions aider d’autres personnes à répondre aux problématiques que nous avons rencontrées. Nous n’avons toujours pas de local et nous aimerions offrir cet espace à d’autres personnes. C’est ça qui nous motive.

Une rencontre/un apprentissage qui vous a marqué jusqu’à présent ?

Il y a déjà eu plusieurs rencontres : avec les apprenants on se revoit régulièrement, il y a un vrai esprit de communauté. C’est d’autant plus précieux que dans l’ESS on se sent un peu seuls, il n’est pas facile de trouver des personnes prêtes à donner du temps, et là on est 39 ! J’ai aussi pu discuter avec Mathilde de l’incubateur de makesense, et donc un projet similaire au nôtre, qui m’a amené plein de ressources.

Un temps fort/un moment particulier ?

J’ai aimé la visite du Fonds Saint Denis et la découverte de Lasoté (un projet autour de l’agriculture durable ndlr). Je connaissais le projet de nom, mais c’était impressionnant de le voir en vrai.

Une chose que vous retenez jusqu’à présent du programme Mouv’Outremer

J’ai beaucoup aimé avoir des méthodes de “design thinking”. Avoir des outils déjà conceptualisés, ça aide vraiment à y voir plus clair dans son projet.

Témoignage : Isabelle Lise

Qui êtes-vous ?

Moi, c’est Isabelle et j’ai 36 ans. Plus jeune, je voulais être chimiste et, après le baccalauréat en Martinique, j’ai intégré une école d’ingénieur, l’ESCOM à Cergy-Pontoise. C’est au cours d’un stage, que j’ai pris conscience des problèmes environnementaux. Après avoir décroché un Master dans ce domaine et travaillé à Lyon, je suis revenue en Martinique et ça fait maintenant 8 ans que je travaille à la Chambre de Commerce et de Industrie de Martinique où je pilote le Pôle Environnement, Transition Energétique et Développement Durable.

Quel est votre projet lié à la transition ?

Le projet que je porte au sein de la formation est lié à la gestion des risques naturels en entreprise. En effet, aujourd’hui, le monde économique n’est pas suffisamment résilient.. En Martinique, nous sommes concernés par tous les risques naturels sauf les avalanches : tsunami, volcanisme, séisme, glissement de terrain, cyclone… Je me suis rendue compte que les entreprises ne sont pas préparées à ce genre de catastrophe, que c’est un sujet très anxiogène et que l’approche “sensibilisation classique” ne fonctionne pas vraiment, la thématique n’étant pas considérée comme une priorité. J’ai donc décidé de proposer une approche ludique du risque naturel en entreprise, en détournant la forme des challenges sportifs classiques. Ce seront des défis inter-entreprises. Le projet a été présenté à la direction de la CCI qui l’a validé. Je suis en train de rechercher des partenaires pour finaliser le dossier et trouver des financements.

Quels défis rencontrez-vous dans la création de ce projet ?

Il y en a plusieurs :

-Je n’ai pas d’expérience en organisation de challenges sportifs, je cherche des partenaires avec cette expertise.

-J’ai imaginé des challenges de plusieurs types, mais il nous faut des formateurs dans chacune des thématiques (premiers secours, aide aux handicapés, l’alimentation en temps de crise, etc.)

-La taille de l’événement : je n’ai jamais organisé d’événement aussi grand. En particulier, la partie logistique pour que l’on puisse accueillir à la fois des entreprises et du grand public est un vrai défi. J’aimerais que cet événement touche l’ensemble du territoire et sensibilise tous types de publics.

Quelles sont les opportunités que vous avez identifiées et qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer ?

A mon avis, il y a urgence par rapport au changement climatique. Le rythme des cyclones va augmenter, il y a déjà de l’érosion dans le nord de l’île… Cependant, je pense que dramatiser le risque est contreproductif : j’aimerais que la résilience fasse partie du quotidien des Martiniquais, qu’on soit serein car préparé. Enfin, je suis convaincue qu’on apprend mieux par le jeu et dans l’action.

Une rencontre qui vous a marquée pendant le séminaire ?

J’ai été très marquée par la visite dans la ville de Fonds-Saint-Denis où nous avons rencontré le premier adjoint de la commune. Il nous a parlé du Lasotè, une pratique traditionnelle du labours collectif, un patrimoine traditionnel martiniquais que j’ai redécouvert ce jour-là. Il nous a montré par cette technique comment le collectif permet d’être résilient. Les populations antillaises ont toujours été en perpétuel déséquilibre de par leur histoire, leur géographie, etc. C’est une population qui a développé une forme d’adaptation face à ça et le Lasotè en est une belle illustration.

Un apprentissage ?

Pendant le séminaire, Maud et Aurélie, les facilitatrices, nous ont soumis à un test psychologique, le MBTI, qui m’a permis de découvrir des aspects de ma personnalité dont je n’avais pas conscience. Ça permet de mettre des mots sur des décisions et des processus de travail. Par exemple, moi je réfléchis avant d’agir et d’autres agissent avant de réfléchir. C’est juste une manière différente d’aborder les situations.

Mon projet a évolué aussi. Dans sa version initiale j’envisageais un challenge très sportif où la « survie » était en jeu. Un peu comme dans Koh Lanta. Je n’avais pas assez intégré les personnes à faible mobilité physique et elles auraient eu plus de mal à s’adapter. J’ai donc eu envie de rajouter une épreuve en lien avec cette thématique.

On a aussi beaucoup échangé avec des personnes ayant des projets en lien avec l’autonomie alimentaire et ça m’a convaincue d’inclure un volet “alimentation de crise”. Une façon de rajouter de la transversalité par rapport aux objectifs 5.0.

4 choses que vous retenez jusqu’à présent du programme Mouv’Outremer

-La réussite d’un projet, c’est d’abord la personne qui porte le projet, celle qui réussit à embarquer les autres en partageant une vision. J’ai une approche plus pragmatique, je ne vais pas souvent sur le terrain de l’émotionnel. Mais j’ai réalisé que c’était très important !

-Il y avait plus de 35 personnes motivées à changer le monde, pleines d’espoirs et d’envies. Dans mon quotidien professionnel, j’ai le sentiment que la situation n’évolue pas assez vite et j’ai souvent l’impression que mes interlocuteurs n’ont pas toujours conscience de l’urgence. C’était très positif de me sentir appartenir à une communauté de personnes qui veulent que les choses bougent, et bougent maintenant !

-L’énergie et la cohésion d’équipe sont apparues très vite et très fortes. J’ai déjà fait plusieurs formations, de différents types, et je pense que c’est la première fois que je vois le lien se créer aussi vite. C’était très énergisant ! Je pense que c’est lié à l’énergie de Maud et Aurélie. Elles nous ont communiqué leur enthousiasme ! On était obligé de reconnaître leur engagement et de jouer le jeu à notre tour !

-La méthodologie est très intéressante, avec des groupes qui se mélangent souvent. Je ne suis pas très expansive mais j’ai été obligée de parler à plein de nouveaux interlocuteurs. Je n’ai jamais parlé à autant de nouvelles personnes en aussi peu de temps (rires).

Reportage : Une semaine en immersion dans la formation-action Mouv’Outremer

Dans le cadre du dispositif de formation Mouv’outremer, en octobre 2020, 34 porteurs de projets de la zone Antilles-Guyane se sont retrouvés en Martinique pendant une semaine riche en émotions et en apprentissages pour innover et accélérer leurs projets à impact. Récit. 

Il était une fois, un séminaire d’un nouveau genre…

Dimanche 18 octobre. Nous sommes à la veille du lancement du premier séminaire présentiel du dispositif de formation-action Mouv’outremer. Ce dispositif, initié par l’AFD et son campus à la demande du Ministère des Outre-mer pour accélérer les transitions durables a démarré dans la zone Antilles Guyane fin septembre 2020 par un parcours digital.

Demain est le premier jour du premier séminaire présentiel ! 

Les deux facilitatrices – formatrices mandatées par l’AFD pour construire et animer le séminaire sont prêtes. Elles posent leur sac dans l’espace où se tiendra le séminaire Mouv’Outremer  en Martinique à Schoelcher. Elles inspectent la grande salle dans laquelle les participants vont apprendre, échanger et faire grandir leur projet pendant plusieurs jours. L’une d’entre elle, s’exclame, l’air contente :  “On a de la place ! On va être bien !”. Puis, à la vue de quelques gobelets en plastique disposés sur les tables :  “Tout doit disparaître, on doit incarner nos valeurs ! Cartons recyclés et carafe d’eau pour tout le monde !”. Les valeurs dont elles parlent sont celles du respect de l’environnement, avec un objectif zéro plastique, mais aussi la bienveillance, l’écoute et l’impact qui seront au menu de cette semaine. 

Pendant une semaine, c’est la première promotion Mouv’Outremer, constituée de 34 participants, âgés de 25 à 59 ans, des porteurs de projets, venus de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane qui vont s’asseoir à ces tables pour participer à une formation-action d’un nouveau genre. Ils travaillent dans des collectivités locales, comme Sandra qui porte un projet personnel pour repenser l’agriculture de manière locale; sont issus du milieu associatif comme Nicolas qui souhaite développer une monnaie locale; ou encore entrepreneurs, comme Terrence, Terrence qui monte un projet pour produire et commercialiser des produits alimentaires innovants, végan, bio local. Les projets s’inscrivent tous dans un même objectif : accélérer les transitions dans leur territoire sur 5 thèmes clés :  zéro déchet, zéro carbone, zéro polluant, zéro exclusion, zéro vulnérabilité. 

Ce qu’ils viennent chercher dans ce séminaire ? D’abord et avant tout, tisser des liens. Rencontrer celles et ceux qui s’engagent aussi pour faire bouger les choses. Ils ont tous à cœur d’échanger sur leurs projets respectifs et de découvrir ceux des autres. Ce qu’ils souhaitent ensuite c’est créer, ensemble, cette communauté d’acteurs qui va accompagner les dynamiques de transition et qui va soutenir tous les autres porteurs d’idées qui veulent s’engager dans la même démarche. Et bien sûr ils souhaitent apprendre ! Apprendre de nouvelles méthodes, développer des compétences en coopération, communication, créativité et des outils pour faire avancer leur projet à impact. 

Ce séminaire s’inscrit dans le dispositif Mouv’Outremer, une formation-action de 4 mois. La plupart de la formation-action est animée en distanciel mais elle est ponctuée de 2 temps forts en présentiel qui sont clés. Ce séminaire en est le 1er temps fort et est donc très attendu. 

D’autant que les participants achèvent 3 semaines de formations en ligne et vont enfin se rencontrer autrement que par écrans interposés. Compte tenu de la situation sanitaire, le suspens sur la tenue de cette rencontre est resté à son comble jusqu’au dernier moment : finalement il a été décidé de maintenir le séminaire avec de fortes dispositions et adaptation (gel à chaque passage de micro, masque obligatoire…) pour respecter les normes sanitaires.

Capture d’écran une session en ligne précédant le séminaire

Les participants ne savent pas trop ce qui les attend : c’est une première sur le territoire. Chaque participant a été doté d’un binôme dès le début de la formation-action, une personne avec qui ils entretiennent un lien privilégié et ont des sessions en individuelles : s’ils ont parfois eu la chance de connaître une version pixellisée de leurs visages lors d’un appel préliminaire, la plupart ne se sont jamais rencontrés ! 

Une première journée sous le signe de l’intensité ! 

Nous sommes le 19 octobre 2020, 9h30 du matin et c’est le premier jour officiel de la formation. Les apprenants arrivent au compte-goutte dans la salle. Des sourires timides s’échangent, la glace n’est pas encore brisée. C’est Nicolas Picchiottino, Directeur AFD Martinique et Philippe Jock Président de la CCI Martinique qui ouvrent le bal en rappelant lors d’une intervention en plénière l’importance des transitions durables dans les territoires Antilles-Guyane, le potentiel et les opportunités qu’elles représentent et l’importance de l’engagement des porteurs de projet présents dans la salle. 

Après le discours, les formatrices présentent les objectifs du séminaire et leur posture de facilitatrice. Puis elles invitent les apprenants à se mettre debout pour déambuler dans la salle. A chaque fois qu’elles frappent dans les mains, les facilitatrices demandent aux participants de s’arrêter, de se tourner vers la personne la plus proche et répondre à la question qu’elles énoncent de vive voix. La première question “Quelle est votre passion secrète ?” surprend tout le monde et déclenche une vague de rires gênés. Finalement, les participants se prêtent au jeu “Le vendredi je me mets sur mon canapé, je mange un plat préparé et je regarde la télé… C’est mon moment de coupure ” “Moi c’est les crèmes au chocolat avec du fromage râpé dedans…” Ils se remettent à marcher…” CLAP. Deuxième question : “Quel est votre super pouvoir ?” Ça y est la machine est lancée, la glace est brisée, ils ne semblent plus pouvoir s’arrêter d’échanger. 

La matinée se termine par un temps d’écoute active du parcours, des envies, des attentes des autres participants en petits groupes puis en collectif ou chacun.e présente son.sa voisin.e. Les facilitatrices consignent attentivement les attentes de chacun.e, ce sera la clé du séminaire. C’est ça qui fait la force du dispositif : partir des besoins  des apprenants et s’y adapter en permanence.

Un déjeuner attendu, propice aux discussions informelles pour mieux se découvrir 

Au retour du déjeuner, petite “douche” pour tout le monde : l’idée est de se frotter chaque partie du corps de manière vigoureuse pour se réveiller après le déjeuner. D’autant que le programme de l’après-midi est intense : on parle Objectifs de Développement Durable et Cercles d’or des projets. L’objectif étant pour chacun de bien définir : le pourquoi, le comment, et le quoi de son projet en partant du cœur ; le pourquoi.

En fin d’après-midi, les facilitatrices présentent le fil rouge du séminaire : durant toute la semaine, en groupe de 5 à 7 personnes, les porteurs de projets vont travailler ensemble pour trouver une solution au défi “sensibiliser la nouvelle génération aux ODD”. Chaque équipe se voit attribuer un ODD et doit réfléchir à la cible qu’il souhaite toucher, resserrer son sujet, collecter des données sur le thème et surtout proposer une solution qui sera présentée sous la forme de leur choix le vendredi matin. Ce défi a pour objectif de leur faire vivre l’expérience, de former une équipe en un temps court, de savoir mobiliser les compétences de chacun, d’apprendre à coopérer dans un cadre contraint et autour d’un but commun, et de développer sa créativité pour trouver des solutions innovantes. Une formation-action dans laquelle le mot action revêt tout son sens.

Les posts-its, un personnage à part entière du séminaire

La présentation de ce défi rencontre quelques réticences : “Encoooooore un exercice en plus ? Mais on n’aura jamais le temps” s’exclament certains participants. Les facilitatrices leur demandent de faire confiance au processus et répondent à leur crainte en modifiant un peu l’agenda du séminaire. Finalement, l’exercice permettra au bout d’une semaine, de faire naître de beaux résultats : pièces de théâtres, conférences, brevet des collèges, vidéos tik tok, les participants ont redoublé de créativité pour proposer des solutions vraiment très pertinentes et applicables dès le lendemain pour certaines ! “Dans des délais très courts on doit apprendre à faire des compromis, écouter l’autre, se remettre en cause, gérer des conflits… l’intensité fait souvent émerger des choses surprenantes” analyse une des facilitatrices.

C’est la fin de la journée, 8h de travail masqué se sont écoulées… Pour clôturer cette première journée un petit verre de célébration et un dîner au resto mènent vers des discussions jusqu’à 1h du matin pour les plus courageux. Des temps informels indispensables qui soudent les participants.

Une semaine à la pointe de l’innovation pédagogique

Mini-reportage vidéo réalisé par un des participants, Nicolas Lesueur 

La semaine a été construite de manière à varier des formats qui permettent à la fois l’inspiration, grâce des interventions de qualité, mais aussi la contribution des apprenants. Un savant dosage innovant qui compte : une cartographie des parties prenantes, un travail sur l’empathie pour comprendre les besoins des différentes parties prenantes et adapter sa communication en fonction, l’évaluation de son profil psychologique grâce au MBTI pour apprendre à se connaître et pouvoir échanger avec l’autre sur son mode de fonctionnement.

Mais aussi des visites terrain, dont  une qui marque particulièrement les apprenants, celle de Fonds Saint Denis. Grâce à Annick, maire de Fonds Saint Denis et participante de la formation, les porteurs de projet découvrent la commune et sa politique territoriale éclairante présentée par Étienne Jean-Baptiste, adjoint au maire. Ils participent à une démonstration de l’association Lasotè. De l’avis des participant.es et des facilitatrices, c’est beaucoup trop court. Un webinaire dédié sera organisé pour prolonger la discussion avec Étienne Jean-Baptiste.

Pour s’inspirer, rien de mieux également que monter sur les épaules que ceux qui ont déjà monté un projet : une table-ronde sur le thème “Monter un projet à impact” est organisée avec 7 acteurs, Céline Chartol, co-directrice de Ta Nou Bio, Denise DUFEAL, Directrice Fredon Martinique, Emmanuel JOSEPH, Fondateur de Lakou Digital, Jean-Philippe MAREL, Fondateur de ECO Mobil, Anabelle VIGILANT, Ingénieur Approches Territoriales intégrées Climat Air Energie Transport Mobilité Aménagement Observation, Béatrice BALDARA MARIMOUTOU, Directrice de la Mission Locale du Centre de la Martinique MILCEM.

Chacun des intervenants présente son projet, son ambition, les difficultés qu’ils ont rencontrées, ou prodiguent des conseils utiles pour les participants à différents stades de leur projet. 

Visite de Fonds Saint Denis

Un moment clé pour construire une communauté d’acteurs engagés

Durant le séminaire, le besoin est ressenti de formaliser les objectifs de cette nouvelle communauté formée par les participant.es, de préciser ce qui les définit comme groupe, mais aussi de parler des actions qu’il.elles pourraient mener ensemble Les facilitatrices préparent alors un  atelier pour définir les contours de la communauté Mouv’outremer : la raison d’être, la vision, les activités et les outils qui font le cœur de cette communauté etc.. Et il ne faut pas longtemps aux apprenants pour s’emparer du sujet ! Dès le lendemain, Nicolas réalise un site internet qui propose les fonctionnalités souhaitées par le groupe ! Il y a encore un peu de travail dessus et une équipe s’y attelle !

Pas de communauté sans raison d’être ! 

Une formation riche pour les participants

Il est temps de se séparer après une semaine riche en rencontres.  

Le questionnaire récoltant les avis en fin de séminaire montre que les participant.es ont vivement apprécié l’expérience : “enrichissant” est le mot le plus utilisé pour décrire la formation-action, suivi de près par “Communauté” et “Innovant”.

J’ai beaucoup aimé le dynamisme et le côté participatif du séminaire. Les outils proposés se sont avérés très efficaces pour le développement personnel et l’approfondissement de projet.” affirme l’un des participants “Belle dynamique collective qui incite à un plus fort engagement” surenchérit un autre? 

On reprend dès le lundi pour la suite de la formation en digital ! Rendez-vous fin janvier pour un bilan complet de la formation.

Objectifs zéro carbone, zéro déchet, zéro polluant… « Mouv’outremer », la nouvelle formation environnement

« Dans l’objectif de faciliter l’appropriation par les acteurs des territoires de la Trajectoire outre-mer 5.0 et de ses objectifs zéro carbone, zéro déchet, zéro polluant, zéro exclusion et zéro vulnérabilité, le ministère des outre-mer, l’Agence française de développement (AFD) et son Campus AFD lancent un programme de formation innovant, Mouv’outremer, organisé autour d’une communauté d’acteurs engagés en faveur de l’accélération des transitions dans les outre-mer » indique le ministère des Outre-mer dans un communiqué que nous publions ci dessous (photo :mouv’outremer)

Mouv’outremer, c’est d’abord un parcours d’apprentissage sur les territoires d’outre-mer pour que chacun, dans sa pratique professionnelle, associative ou au quotidien puisse saisir les opportunités des transitions de la Trajectoire outre-mer 5.0.

Mouv’outremer, c’est également la construction d’une communauté d’acteurs engagés, aussi bien du secteur privé, public et de la société civile, qui favorise l’émergence et l’accompagnement de projets durables dans l’ensemble des territoires d’outre-mer.

Le projet sera décliné en plusieurs phases au cours de la période 2020/2021 dans les zones géographiques suivantes : Antilles-Guyane et les Îles du Nord ; Océan Indien ; Océan Pacifique (Nouvelle Calédonie, Wallis-et-Futuna et Polynésie Française) ; Saint-Pierre-et-Miquelon. Les participants à la formation seront sélectionnés à l’issue d’une période de recrutement où chaque candidat pourra postuler via le site www.mouvoutremer.fr. Mouv’outremer sera décliné en premier lieu dans la zone Antilles-Guyane, avec une ouverture des candidatures prévue pour juin 2020.

Mouv’outremer s’adresse à l’ensemble des acteurs ultramarins engagés et porteurs de solutions : citoyens, élus, chefs d’entreprise, membre d’une association, entrepreneurs, acteurs d’une collectivité territoriale, cadres des services de l’Etat, étudiants, journalistes, dès lors qu’ils souhaitent développer un projet concret (individuel, professionnel, personnel ou collectif) en faveur des transitions.

Une initiative fondée sur une formation innovante –

L’ensemble de la formation s’appuiera sur des principes pédagogiques innovants déjà déclinés avec succès dans de nombreux projets par le Campus AFD :

• Une pédagogie tournée vers l’action et une mise en pratique immédiate des compétences acquises en faveur d’un projet.

• Les échanges entre pairs pour favoriser l’apprentissage collectif et un accompagnement sur mesure.

• Une pédagogie inversée qui met les savoirs et les compétences au cœur de la formation.

• Une mise en avant des compétences sociales et créatives : innovation, collectif, leadership, communication, créativité.

• Une approche qui permet d’imaginer, tester et itérer en s’inspirant des méthodologies de lean start up, une méthode agile permettant de construire un projet qui répond parfaitement aux demandes et besoins des utilisateurs.

D’une durée de 4 mois et seulement 2 heures par semaine, la formation alterne format digital et présentiel (2 séminaires) et sera offerte gracieusement aux participants sélectionnés.

Une initiative collective-

Mouv’outremer, c’est une formation, mais c’est aussi une communauté apprenante d’acteurs engagés et ambassadeurs de cette dynamique : La communauté Mouv’outremer est composée de décideurs publics et d’élus, d’entrepreneurs, de membres de la société civile, d’experts, d’acteurs de l’innovation, de la recherche, de la jeunesse et de partenaires de l’AFD.

D’horizons différents, ils sont tous conscients des transitions nécessaires pour des territoires 5.0 et partagent la vision d’un monde où l’équilibre entre développement économique, développement social et protection de l’environnement est au cœur des réflexions et de l’action.

Que ce soit un élu d’une collectivité locale qui souhaite transformer ses pratiques, un étudiant souhaitant développer une communauté de jeunes engagés en faveur de la lutte contre l’exclusion, ou une association qui œuvre en faveur de l’inclusion des personnes en situation de handicap, Mouv’outremer s’adresse à tous les acteurs du changement désireux de se former, de progresser, et de se faire accompagner dans leurs projets.

Nous avons tous envie d’assurer un avenir durable à nos territoires d’outre-mer.

Annick Girardin, ministre des outre-mer.

 » Nous avons tous envie d’assurer un avenir durable à nos territoires d’outre-mer « , déclare Annick Girardin, ministre des outre-mer.  » Grâce à Mouv’ Outre-mer, chacun aura désormais accès à une formation de qualité pour agir concrètement en respectant les objectifs de développement durable. La formation Trajectoire outre-mer 5.0 proposée par l’AFD permettra à chaque ultramarin de s’engager et de s’investir plus encore pour son territoire. C’est une formation-action, résolument tournée vers l’acquisition de compétences directement exploitables dans la vie quotidienne. Aujourd’hui plus que jamais, continuons d’agir et de réfléchir ensemble aux solutions de demain ! «